Si je vous dis Point&Click, vous pensez Myst, et je vous comprends. Qui détrônera ce monstre de jeu d'aventure et réflexion ? Another Code pourrait bien prétendre au titre, tant il semble à première vue tout droit sorti d'un rêve. Ce jeu, sorti en juin 2005 sur la nouvelle portable de Nintendo, a en théorie tout pour plaire : l'écran tactile nous fait miroiter un gameplay hors pair, tandis que les capacités graphiques de la DS laissent imaginer un titre beau comme un coeur. Et après ? Qu'est ce que ça donne, pour de vrai ? Il ne suffit pas de promettre monts et merveilles pour faire un excellent jeu...
1. J'ai tout oublié quand tu m'as oublié...
Ashley va avoir quatorze ans demain, et comme par hasard, c'est aujourd'hui que son père, qu'elle croyait mort, a décidé de la faire venir sur une île mystérieuse et même carrément maudite. Oui, à première vue, ça a l'air à la fois simpliste et sans intérêt. On voit venir le truc de loin : il va y avoir de l'énigme dans l'air. Il faut dire aussi qu'Ashley n'a pas eu de chance : lorsqu'elle avait trois ans, elle a vécu un drame... mais si cela hante ses nuits, elle ne se souvient pas réellement de ce qu'il s'est passé. Another Code parle donc de mémoire ; comme peut on se rappeler pour toujours ? Comment ne rien oublier ?
Dans son exploration de l'île, armée de sa console DAS (jeu de mot ô combien recherché) offerte par son père, Ashley croisera un fantôme qui deviendra, si vous le voulez bien, son ami, mais elle explorera également les méandres de son douloureux passé.
Premier constat positif : les graphismes sont beaux !
Another Code surfe sur la vague manga et n'en garde que le meilleur. Des traits fins, de jolies couleurs, parfois une apparence d'aquarelle...
Les personnages en particulier ont un air attachant. Ashley a de grands yeux noirs, des cheveux blancs et des fringues fashion, et son pote le fantôme ressemble à Casper en version modernisée.
Lorsque vous êtes sur un tableau, c'est également très soigné. Les couleurs donnent à la demeure de l'île, censée être abandonnée depuis un demi siècle, un aspect carte postale ancienne. Par contre, lors des déplacements, c'est nettement moins glorieux ; l'écran du bas de la DS affiche les personnages et les décors vus de haut, mais ce que voit le joueur ressemble à une bouillie de pixels. Les décors sont brouillons, et si l'on s'y retrouve tout de même, il faut parfois recourir à l'écran du haut, qui affiche une vue de coté, pour parvenir à visualiser la scène.
L'ambiance sonore est soignée, pas transcendante mais pas non plus désagréable. Elle ne restera pas dans les annales pour autant que je sache. Lors des phases de dialogues, pas une seule voix ne viendra chatouiller vos oreilles, pas plus que dans les vidéos. Seul un petit « tilidit », plus rapide lorsque les personnages sont en colère, interrompra la musique d'ambiance.
2. Push me, and then just touch me, till I can get my satisfaction
N'ayons pas peur des mots : dès que l'on prend le jeu en main, c'est un pied absolu. Le stylet rend le gameplay très intuitif et agréable, et l'on éprouve même du plaisir à se mouvoir de salle en salle. Déplacer Ashley est un vrai bonheur, autant que fouiller une étagère remplie d'assiettes ou un débarras. La précision est au rendez-vous, on peut juste regretter le fait que la zone de click est parfois toute petite.
Les fonctionnalités de la DS sont très bien exploitées au fil de l'aventure ; vous vous amuserez à tourner, gratter, pointer avec le stylet, mais vous devrez également souffler, fermez votre console ou la laisser entr'ouverte pour utiliser les reflets entre les deux écrans... Ca paraît tout d'abord surprenant voire déroutant, car l'on ne s'attendait pas forcément à tant d'interactivité. Mais le constat est là : c'est sacrément bien pensé ! On prend un plaisir fou à faire tourner le plus vite possible une boîte ronde, gratter sur une page pour faire apparaître des écritures, ou souffler pour faire de la buée. Le joueur peut enfin se détacher de la manette traditionnelle et de ses touches qui font mal aux doigts pour rentrer pleinement dans le jeu, et se sentir investi d'un réel pouvoir : il ne s'agit plus de presser des boutons, c'est vraiment nous qui effectuons les actions !
3. Quand j'serais grand, j'voudrais être développeur !
Si tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, ça se saurait. Another Code ne déroge pas à la régle, et le joueur se retrouve vite confronté aux problèmes du titre, à commencer par l'excessive facilité des énigmes. Il va de soi que l'on est bien loin d'un Myst, mais pour peu que vous compreniez le principe de base, vous ne devriez jamais vous casser la tête plus de dix minutes sur la même énigme. Au début, ça paraît juste dommage, mais plus le jeu se déroule et plus cela devient risible. Vous ne trouvez pas ça comique, vous, un jeu des deux différences ? Et c'est d'autant plus regrettable que les occasions de dégainer son stylet ne sont pas légions ; alors si en plus cela ne prend pas plus de dix secondes...
Le problème, c'est qu'en plus de nous proposer des énigmes plus faciles les unes que les autres, les développeurs ont cru bon de nous guider au maximum. Impossible de s'écarter du cheminement imposé par le scénario (lui aussi simpliste, soit dit en passant), l'interactivité n'a presque aucune incidence sur le déroulement de l'histoire. On s'ennuie devant ce qui passe finalement pour ni plus ni moins qu'un film où le spectateur a la possibilité d'agir.
L'histoire n'a pas un intérêt infini : c'est simpliste, pour ne pas dire enfantin. Cependant, si vous êtes bon public, vous devriez parvenir à vous intéresser aux aventures de la petite Ashley. Dans le cas contraire, ne vous découragez pas trop vite : l'intérêt, tout comme la difficulté, va croissante.
Reste tout de même un énorme problème : la durée de vie. En y jouant pour la première fois, un joueur moyen mettra à peine 6 heures. C'est tellement regrettable ! Comment ne pas ressentir de frustration ? A moins d'être peu exigeant, vous en viendrez presque à regretter votre achat. Avouez que ça fait cher de l'heure de jeu.
Sans être une catastrophe, Another Code s'avère un gâchis incommensurable. Durée de vie réduite et énigmes simplistes viennent faire de l'ombre aux arguments de choix de ce titre. Cependant, si votre but est de découvrir les fonctionnalités de la DS ou de faire plaisir à votre cousine de 11 ans, vous ne regretterez pas votre achat. Pour les autres, ça mérite réflexion...
Aurélie []

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