Dans le principe, BattleForge ne se démarque pas des autres productions où il est question de gérer diverses ressources pour accroître son armée, créer multiples unités à envoyer au casse-pipe, débloquer les divers niveaux d’évolution, défendre tel endroit, conquérir tel terrain, éradiquer tel ennemi, faire tout péter, voire plus si affinités. Inutile de faire un récapitulatif exhaustif du manuel de ce jeu qui, en fin de compte, n’invente rien… si ce n’est de proposer une campagne à découvrir un peu en solo, mais surtout en coopératif. Les alchimistes allemands de Phenomenic avaient d’ailleurs réussi à composer un Spellforce plus que remarquable, habile mélange de JdR et de STR. BattleForge est l'occasion pour ces mêmes démiurges d'associer cette fois-ci trois genres différents, avec tout autant d’adresse : la stratégie temps réel, le massivement multijoueurs en ligne et les jeux de cartes à collectionner. Le tout, dans un enrobage au style graphique ultra léché.

Mais la grande particularité du soft est de reposer sur des collections de 200 cartes virtuelles (pour la première édition nommée Crépuscule) qui serviront à invoquer les créatures, sorts et défenses de votre deck, lequel ne peut recevoir que 20 cartes au choix. A la manière des couleurs régissant les forces de Magic l’Assemblée, BattleForge tourne autour de quatre pouvoirs combinables : la Glace et sa robustesse défensive, le Feu et sa puissance offensive, la Nature et ses dons de régénération, l’Ombre et ses sorts de destruction. Aucune originalité à l’horizon. De la complémentarité et de l’efficacité, si. Pourvu que l’on sache créer au mieux la composition de son deck – customisable - avant chaque nouvelle partie. Au cours de celle-ci, le joueur n’a d’emblée pas accès à toutes ses cartes. Seules les moins puissantes sont disponibles et ne peuvent être utilisées qu’à proximité des ressources acquises ou des unités personnelles et alliées. L’accès aux cartes les plus redoutables se fait progressivement, à force de constructions de monuments (érigés en l’honneur d’un des quatre pouvoirs) et de puits d’énergie (permettant de subvenir aux coûts de lancement des cartes). Etant donné que ces sites sont les cibles favorites de l’adversaire, mieux vaut prévoir une protection musclée avant de partir en quête d’autres ressources sous peine de ne plus pouvoir lancer ses créatures les plus monumentales et subir ainsi une régression fort handicapante. Sur le champ de bataille, il faut donc être réactif et avoir une bonne connaissance des capacités offensives et défensives de son jeu. Autrement, les raclées seront reines. Et la confusion, leur héritière. Car si les débuts solitaires permettent à quiconque de se faire plaisir sans trop de stress, la partouze multijoueurs et ses affrontements ultimes peuvent prendre des tournures monstrueusement illisibles. Entre les effets de sorts magnifiques lancés à tire l’Arrigo et l’invocation frénétique de tout plein de troupes qu’on sait plus à qui elles appartiennent, il faudra bien du courage à celui qui veut gérer d’un œil sa propre armée au milieu de la masse acharnée et des feux d’artifices. Le néophyte doit faire preuve de courage et de vivacité pour rentrer dans cette danse principalement furieuse qui ne s’embarrasse par vraiment d’une narration accrocheuse. Puisqu’il est possible de lancer n’importe quel scénario, dans n’importe quel « ordre », suivre l’intrigue de la campagne devient malheureusement secondaire, malgré la présence d’un livre d’Histoire imposant dont les parties à feuilleter se débloquent au fur et à mesure de la progression du joueur.
BattleForge, unique en son genre et bourré de richesses, s’adresse avant tout aux habitués des affrontements gargantuesques à plusieurs. Et également aux collectionneurs qui ont de l’argent à revendre tant le concept de ce jeu – basé sur celui des JCC à but lucratif, repose en partie sur l’achat de toujours plus de nouvelles cartes (et par extension d’addiciels)… pour toujours plus de puissance. De là à dire que seuls les plus riches vaincront, il n’y a qu’un pas qu’on ne franchira pas. Car BattleForge, même dans sa version de base, reste une expérience fun et nerveuse. Un défouloir construit esthétiquement avec soin et délicatesse par une bande de grands malades de la sauvagerie.
gyzmo []

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