A sa sortie, Crysis n’était pas loin de faire l’unanimité au sein des habitués du genre. Il faut reconnaître que le moteur graphique (CryEngine) utilisé et inventé par le studio allemand Crytek, en avait suffisamment sous le capot pour marquer les simples d’esprits. Autant en tout cas qu’avait pu le faire en son temps leur précédente réalisation : Far Cry, autre titre de référence prenant place dans un environnement de carte postale quasi identique. Mais bien que bardée de récompenses en tout genre, bien que consacrée meilleur FPS de l’année 2007 par beaucoup (trop), bien que tellement réaliste qu’on s’arrête presque sur la plage pour faire un château de sable, la magnifique démonstration technique qu’était Crysis n’a pas suffisamment rapporté de dollars à ses producteurs pour rassurer leur bourse. Qu’à cela ne tienne : la venue de Warhead mettra peut-être fin à cette inquiétante crise…
Les joueurs qui n’ont pas foutu un seul pied dans Crysis seront pétrifiés par ce stand alone qui ne s’embarrasse ni de révélations, ni d’interactions significatives avec le périple vécu précédemment par Nomad. Pour ce dernier point, les correspondances et liaisons se résument à quelques lieux identiques visités, et deux ou trois lignes de textes soulignant l’avancée parallèle de Jake Dunn. En fait, votre sergent Sykes est parachuté sans trop d’explications, trace sa route dans une jungle aux secrets narratologiques impénétrables pour le profane. Le mystère et l’effet de surprise n’en reste que plus accrocheur, diront les plus malins. Cela dit – et voici presque une contradiction schizophrénique, la nouvelle trame se dote d’une structure moins expéditive et secondaire que celle de Crysis. Un comble. Secondé par une bande musicale excellente, le fil conducteur n’atteint bien évidemment pas les cimes de l’imagination. Ne rêvez pas ! Au-delà de son doublage français foireux et décalé, la personnalité plus nuancée que d’ordinaire du héros de ce spin off augmente sensiblement l’intérêt d’une historiette arriérée de lutte militaire pour l’acquisition d’un artefact extra-terrestre (je sais, le pitch est bouleversant...). Les développeurs ont d’ailleurs accordé cette nouvelle aventure au son du tambour battant grâce auquel l’utilisation (abusive ?) de scripts en tout genre laisse peu de place aux temps morts et autres phases d’exploration pacifique. Tout a été pensé pour offrir au joueur un épisode – certes linéaire, mais bourré d’action pour qui aime s’adonner aux plaisirs du rentre-dedans. Et même si certains pouvoirs de la nano-combinaison permettent de s’infiltrer à la Splinter Cell dans le camp adverse et de remplir la plupart des objectifs sans se faire repérer, les morceaux de bravoure et intervalles véhiculés (2 nouveaux joujoux) se succèdent à la pelle sans pour autant faire dans le copier/coller. Ajoutez à l’ensemble une intelligence artificielle remise à niveau, avec des ennemis plus vigilants et réactifs que jamais, et vous obtenez un jeu suintant de testostérones où les balles sifflent dans tous les sens lorsqu’elles ne déchirent pas les écorces d’un arbre.
Ce qui nous amène à parler un chouilla des environnements : par rapport à Crysis, Warhead n’a pas à rougir de son apparence photoréaliste. Cela aurait été tout de même inquiétant vu que l’opus recycle en grande partie les mêmes éléments de décor que son congénère. De la jungle, donc. Des cascades, des rivières, des ponts. De longues plages dorées. Des barrages routiers, des villages de fortune… Une banquise de source surnaturelle. De très beaux effets atmosphériques. Une ambiance presque palpable. A première vue, rien de nouveau à l’horizon. Néanmoins, en creusant plus loin, on se rend compte que les level designer ont libéré leur sensibilité artistique au détour de plusieurs niveaux qui semblent plus vastes et ouverts que l’original. Autre comble, vu la linéarité… Les puristes du surf au creux de la vague trouveront à redire, mais le plus marquant en tête est sans doute celui du porte-avions pris au piège dans une mer houleuse congelée. Le passage est visuellement à tomber. Normal, ça glisse. Les programmateurs ont également profité de cette nouvelle sortie pour optimiser leur jeu et le rendre accessible au plus grand nombre. Ben oui ! A trop vouloir faire dans l’escalade technologique, on finit par mettre sur le marché des produits trop savants pour le commun des PC. Car pour profiter pleinement d’une telle croisière, l’achat d’une nouvelle bécane herculéenne est bien souvent le péage obligatoire. Et ça, c’est jamais bon pour les affaires. Aussi, il fallait bien tenter de remettre le moteur graphique si impressionnant sur le devant de la scène en apportant de sensibles petites modifications car Crysis était tout de même défectueux sur de nombreux aspects. D’un, le palier esthétique de Warhead a été placé plus haut pour les heureux possesseurs de machines de guerre. De deux, le seuil nécessaire pour faire tourner leur phénomène de foire a été revu à la baisse, histoire que n’importe quel PC séculaire puisse avoir la joie et le bonheur de faire tourner le manège. Evidemment, en mode performance, la beauté plastique de Warhead perd totalement de sa magnificence. Certains d’entre vous iront jusqu’à dire que ça n’a plus aucun intérêt… Hé bé non ! Même moche, l'équipée continue d’être intense et jouissive, preuve que la beauté ne fait pas tout. Na !
Ecrits tels quels, les arguments positifs font rêver. Sauf qu’un accroc de taille vient gâcher le tableau : le manque flagrant de difficulté. Ne comptez pas exploser votre jauge de stress et assouvir votre appétit de compétiteur en lançant le jeu en normal ! Visez carrément le maximum, le niveau Delta ! Autrement, en plus des aptitudes surpuissantes qu’offre la nano-combinaison, les munitions quasi infinies éparpillées tous les deux mètres, les armes dévastatrices sur le dos (du Gauss avec lunette de sniper à la mitraillette alliée au mode Force, en passant par le tout nouveau lance-grenades automatique) ou le volant de redoutables blindés entre les mains, vous allez vous ennuyer sec. L’avertissement n’est pas à prendre à la légère. Car à moins de parcourir en rampant les terrains assez ouverts en long en large et en travers, la quête principale et ses nombreuses quêtes annexes (un peu systématiques et pas toujours très intéressantes lorsqu'il s'agit de ramasser des munitions…) ne suffisent pas à tenir en haleine au-delà de quelques heures (moins d'une dizaine pour tout dire). Le multijoueur intitulé Crysis Wars - portion indépendante présente sur une galette séparée, tendra à rallonger la durée de vie de cette refonte globale par l’entremise de ses sept nouvelles cartes plutôt bien foutues, de l’amélioration du Power Struggle et du rajout d’un Action Immédiate qui faisait défaut à Crysis. L’ensemble, pour seulement une trentaine d’euros, vaut largement le détour. La crise attendra.
gyzmo []

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