John Milius est quelqu'un que l'on peut qualifier de « sacré personnage » au sein de l'industrie du cinéma. Scénariste réputé (Apocalypse Now, Dirty Harry et sa suite, Magnum Force, la mini-série Rome, entre autres), réalisateur reconnu (Conan le Barbare) c'est aussi quelqu'un de fasciné par les armes à feu et qui a visiblement un problème avec les communistes. Les moins jeunes auront peut-être déjà vu l'inénarrable L'Aube Rouge, film que Milius réalisa en 1984 et où il raconte - avec la subtilité d'un bulldozer - l'invasion des états-unis d'Amérique par l'armée soviétique. Franchement réac, L'Aube Rouge est un film à faire pleurer de bonheur n'importe quel redneck de base tant l'esprit « un bon rouge est un rouge mort » souffle sur le métrage. Soyez prévenus, L'Aube Rouge est une œuvre subtile.
Et que les rednecks évoqués plus haut se rassurent, John « kill the reds » Milius n'a rien perdu de sa hargne et va même jusqu'à nous refaire le film, si je puis dire, mais cette fois-ci en s'aventurant sur les terres du « loisir interactif ».

"Oncle Sam moins rire maintenant !"En effet et 27 ans plus tard, Homefront - scénarisé donc par John « no more commies » Milius - se propose maintenant de raconter l'invasion des états-unis d'Amérique par l'armée coréenne.
Eh oui, depuis la chute du mur et l'effondrement du bloc communiste difficile d'agiter un épouvantail qui fait désormais se marrer tous les corbeaux, mais la fourberie et le totalitarisme n'étant (hélas) pas l'apanage d'un seul pays John « shoot the chinks » Milius a développé le scénar du jeu en extrapolant sur l'expansion de la Corée du nord, son unification avec le sud sous la bannière d'un nouveau régime dictatorial, l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un (le fils de Kim Jong-Il, pour les trois du fond qui dorment) et la domination mondiale de la Corée qui s'ensuit. Et tant qu'à être parano, autant l'être jusqu'au bout, alors bien sûr le pire fini par se réaliser : un beau matin de 2027, les USA se retrouvent envahis par une armée coréenne dont la cruauté n'a d'égale que sa haine des parcs d'attractions capitalistes tenus par des souris géantes.
De fait, John « God is on our side » Milius ne nous épargne rien : innocents massacrés sans sommation, orphelins qui pleurent sur les cadavres de leurs parents abattus sans raison au coin d'une rue, charnier de dépouilles de citoyens ricains à ciel ouvert...oh qu'elles sont ignobles et vraiment pas très très gentilles, les faces-de-citron (Buck Danny inside ! Pour peu l'ami John aurait pu remplacer Homefront par le titre L'Aube Jaune...).

Un coréen va morfler...Bon, inutile de tourner 107 ans autour du pot, John « we are the greatest country in the world » Milius nous refait sans subtilité l'apologie de la politique du juste par les armes, et si tous les ennemis de l'Amérique voulaient bien former une ligne le long de ce mur, on pourrait sans-doute faire avancer un peu plus rapidement les choses.
Ce qui, soyons francs, aurait pu aboutir malgré tout à un furshlugginer de FPS bien énervé même si politiquement discutable (voire devenir un des archétype du jeu que l'on « aime détester »), mais las, Homefront n'innove en rien du côté du gameplay et préfère, sans se poser la moindre question, emprunter pépère la voie royale dressée par (allez, je sais que vous y pensiez déjà) : Modern Warfare !
Une progression scriptée à mort, deux armes maximum et exactement la même jouabilité, presque à la touche près ! Ah, ça non, Homefront ne fait pas vraiment dans l'innovant. Vous me direz (enfin, certains me diront) : oui mais bon, c'est une formule qui a fait ses preuves. Certes, et votre serviteur n'a vraiment rien contre (tant que ce n'est pas plus de deux fois l'an), mais manque de pot Kaos Studios ne possède pas le talent d'Infinity Ward pour ce qui est de bâtir une intrigue de jeu prenante autour de son uchronie. Du coup Homefront est mou, répétitif et sans aucune surprise, et le sort des protagonistes (ou plutôt devrais-je dire des « stéréotypes ») nous laisse totalement froid. Oh bien sûr le jeu n'est pas laid ; pas vraiment bô non plus au regard de la concurrence mais il délivre le minimum syndical (et quelques bugs). Bien sûr aussi, on y trouve quelques morceaux de bravoure musclés presque intenses, mais dans l'ensemble on se borne à traverser des maisons vides et à plomber des escouades une fois sortis 
"Vite, j'ai vu un champ de pâquerettes là-devant !"du jardin. Et tout cela, c'est quand même un minimum léger après le battage qui a été fait sur ce titre ; et quand on se rend compte que l'affaire est bouclée en une petite demi-dizaine d'heures et que l'on n'arrive pas à s'enlever un sale goût de la bouche une fois le jeu terminé, ben on fait la grimace. Un petit mot aussi sur la difficulté, car on meurt souvent dans Homefront, mais sans bien comprendre à chaque fois comment des gusses placés à cinquante mètres de distance font pour systématiquement mettre une grenade dans la poche arrière de votre jean, ou vous expédier d'une bastos dès que vous avez le malheur de laisser dépasser le bout de votre nez de plus de six centimètres du tronc d'arbre derrière lequel vous vous planquez. C'est plus de la difficulté ça, c'est de l'opposition déloyale ! Et comme en plus l'I.A de vos coéquipiers survole tout juste le niveau des pâquerettes, tu m'étonnes que le jeu est difficile !
Reste le multi (heureusement, parce que sinon à 50 boules le soft en moyenne, ça fait cher de l'heure de jeu pas bandante !), très sympa lui, bien que l'on aurait aimé que les équipe de Kaos passent finalement plus de temps sur ce mode là, au moins pour pouvoir proposer autre chose que trois types d'affrontements – Deathmatch, Ground Control (un genre de mode domination) et Escarmouche, qui propose à deux équipes de switcher entre les modes précités à chaque renouvellement de map. In game c'est du très classique mais efficace sur un panel de sept cartes de bonnes tailles qui permettent vraiment de s'amuser, avec en prime une idée bien pensée : une fois passé le niveau sept, un général en chef contrôlé par la machine se met à assigner des objectifs particuliers aux joueurs les plus performants, avec beaucoup de points à gagner à la clé. De quoi intéresser les parties.
Le multi sauve le titre. Gotcha !Voilà, c'est donc dans le multi qu'Homefront trouve son salut, qu'on se le dise. Pas sûr cependant que cela éloigne très longtemps les amoureux de Call of ou Battlefield de leurs terrains d'affrontements préférés non plus, mais il a moins le mérite de procurer sa dose de fun. Pour le reste, force est de constater que nous avons là un pétard mouillé, un titre sans profondeur ni épaisseur, une déception quoi.
Vraiment dommage.
Mandark []

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