Le monde des jeux vidéo évolue constamment, pioche dans tous les baquets, et multiplie les nouveaux concepts pour appâter le chaland. Le casual gaming a aujourd'hui conquit une part de marché qui ne semblait pas réellement pouvoir être intéressée par le jeu vidéo, et tout le monde se retrouve maintenant devant son écran pour affronter un lointain joueur du bout du monde ou expliquer à papa comment on joue.
Left 4 Dead n'est clairement pas une révolution vidéo-ludique, et peut paraître bien simpliste dans son concept. « Un FPS ? A l'ancienne ? Ridicule ! On ne peut même pas customiser son personnage ! Et ils sont où les super pouvoirs, hein ?! » Même graphiquement, le jeu nous ramène quelques années en arrière à une époque où tout le monde salivait devant les screens alléchants de Bioshock et Crysis. Alors, effectivement, on peut se montrer un peu dubitatif devant un soft un peu hors de son temps pourtant soutenu par une campagne de publicité massive, les affiches gigantesques des métros parisiens le prouvent. Pourtant, soyons honnêtes, Left 4 Dead est certainement une des idées les plus solides qu'il nous ait été donné de voir cette année, et celle susceptible de nous scotcher à l'écran beaucoup plus de temps que l'on pourrait le penser.

Je vais vous la faire simple : vous êtes un survivant, parmi quatre (Bill, Zoey, Louis, et Francis). Un truc indéterminé a vandalisé la population locale, transformant votre voisin et cet enfoiré d'agent des PTT en « infectés » (que nous comparerons bien évidemment aux meutes de zombies à la Romero, bien que ceux-ci soient un gros poil différents). Votre objectif sera alors de réfléchir à votre condition de survivant, d'avoir une pensée pour l'humanité et son incommensurable stupidité, de songer un bref instant aux nombreuses vies décimées par le fléau, puis de tout oublier et d'empoigner votre artillerie pour massacrer de la racaille. Left 4 Dead ne s'embarrasse pas d'un scénario, ni d'une quelconque portée intellectuelle, et on est tentés de se dire « tant mieux, ça sera toujours ça de moins à considérer. »
Vous démarrez donc à un point de niveau, et traversez le décor en dégommant tout ce qui aura le malheur de se mettre sur votre chemin. La plupart du temps, c'est de l'infecté de base : ça ne fait pas grand-chose de sa journée, mais sa fringale est irrépressible. Normal qu'un bon petit steak de survivant l'attire. Par contre, le zombie en question n'a rien d'un locataire de Resident Evil : celui-ci tape des sprints, grimpe aux murs avec une dextérité flippante, et les grillages ne l'arrêtent pas. L'enflure. En plus, il invite ses potes à dîner, et ils sont généralement assez nombreux. Une seule campagne de Left 4 Dead, c'est plus de 1.400 morts-vivants à rassasier. Du coup, vu le peu de viande que vous avez à offrir, autant tous les buter, ça sera plus simple.

A chaque "Checkpoint",
le jeu vous donne quelques classements.De votre côté, vous êtes quatre. Vous pouvez tout à fait laisser l'ordinateur gérer les autres survivants, mais l'intérêt est faible. Non, mieux vaut vous connecter à internet et trouver trois inconnus (ou trois amis possédant le jeu) pour former une équipe. En définitive, même, Left 4 Dead favorise le multijoueur à un degré assez rare. Même pas la peine de penser contrer la vermine tout seul, il faudra réellement composer avec son équipe et rester au maximum groupé. Non seulement parce que les têtes de pioche locales sont nombreuses, mais aussi parce que certains d'entre eux affichent des caractéristiques un peu plus évoluées qui ne peuvent être appréhendées sans le recours d'un pote (j'y reviendrai). Même appliquer des soins sur vos bobos vous incapacite quelques secondes, et donc refuser la couverture d'un allié est un suicide pur et simple.
Tout tourne autour de cette notion d'équipe, et tout est fait pour que la frustration n'existe pas. Par exemple, vous pouvez très bien commencer une partie et vous mettre en absent quelques minutes (le temps d'aller satisfaire un besoin tout à fait naturel), laissant l'ordinateur vous remplacer ce laps de temps. Quitter la partie en cours de route n'est pas non plus trop répréhensible, puisque l'ordinateur dirigera votre personnage au pied levé, et un autre joueur pourra tout à fait prendre votre place en cours de jeu. Le plaisir n'est pas dans l'achèvement mais bien dans le plaisir de former un groupe et de s'assister mutuellement, en soignant les copains, en les libérant d'une entrave mortelle, ou encore en défendant une place forte contre une horde gigantesque.

Chaque campagne est annoncée
par une affiche délicieusement kitsch...Le jeu se révèle assez court : quatre campagnes seulement, chacune divisée en cinq parties et réalisables en moins d'une heure. Néanmoins, le potentiel de rejouabilité est d'une importance gargantuesque, par le plaisir que procurent certains moments forts du jeu. Imaginez-vous arrivant dans une chapelle un peu délabrée, occupée par un prêtre fou à lier, ce dernier agitant frénétiquement la cloche de sa bâtisse pour rameuter tous les infectés du coin, qu'il faudra évidemment remercier d'avoir fait le déplacement (une balle dans la tête devrait à coup sûr faire plaisir) ; imaginez-vous dans une vieille bicoque à deux étages, regardant au loin les hordes arriver inexorablement vers vous, alors que les secours tardent à arriver ; imaginez-vous en train de pester contre votre abruti de coéquipier qui vient de sauter sur le capot d'une voiture, pour faire son foufou, et déclencher du même coup l'alarme dudit véhicule, avertissant toute la racaille du coin que vous êtes ici, oui ici, là ! L'ambiance est forte, emprunte à nombre de références cinématographiques, et il n'est pas rare d'arpenter les couloirs d'une quelconque bâtisse en tremblant à l'idée de tomber sur un Hunter. En plus, le jeu fait en sorte de varier les emplacements des ennemis et des armes d'une partie sur l'autre !
Qu'est ce qu'un Hunter ? Il s'agit d‘une des bestioles spéciales qui complexifient un peu le gameplay de cet abattoir à zombies. Par exemple, le Hunter suscité saute sur sa cible pour l'étriper, sans que le malheureux ne puisse rien y faire une fois à terre. L'aide d'un coéquipier sera nécessaire pour se débarrasser de la sauterelle meurtrière. Même chose pour le Smoker, qui déploie une langue longue de vingt mètres et vous entraîne inexorablement dans les taillis pour vous bisouiller violemment. Quant aux Tanks, d'énormes et monstrueuses créatures, et aux Witchs, des pleurnichardes menues et vachement susceptibles, un feu commun et nourri sera nécessaire pour en venir à bout.

Dans la peau d'un Hunter...Pour étendre encore le plaisir, le jeu offre un mode versus très bienvenu vous permettant de rejouer deux des campagnes de Left 4 Dead avec des joueurs humains pour incarner les infectés, ceux-ci se cantonnant aux espèces spéciales (sauf la Witch). Ainsi quatre joueurs incarneront les survivants, tandis que quatre autres apparaîtront où bon leur semble (mais pas trop près des survivants) et se jetteront dans la mêlée. Ceux-ci étant plus fragiles, ils auront l'occasion de ressusciter de nombreuses fois, et se relancer à l'attaque. Évidemment, comme en jeu classique, foncer seul et tête baissée n'est pas la meilleure idée, et les attaques groupées et coordonnées donneront de bien meilleurs résultats.
Difficile de ne pas tarir d'éloges sur ce jeu, vraiment bien pensé. Left 4 Dead est évidemment à ranger dans la catégorie « bourrin, peu intellectuel, je tue tout ce qui bouge », sa technique date désormais de quelques années, mais il porte le FPS coopératif à un niveau d'excellence jouissif et très addictif. L'ambiance, fortement inspirée de classiques du cinéma, est une réussite à tous les niveaux, et promet une durée de vie très importante, malgré le faible nombre de campagnes. Gageons que Valve saura donner du grain à moudre dans les mois qui viennent...
Nicolas []

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