L’année dernière, pour son premier grand dessein, le studio de développement italien Artematica s’était lancé dans l’adaptation videoludique du (plus ou moins célèbre) héros de BD Martin Mystère. Malgré sa crucifixion partielle, nous n’avions pas manqué de vous parler de ce point’n click médiocre à travers lequel une poignée de vertus laissait entrevoir un potentiel créatif à suivre à la jumelle. Mais avec La Malédiction de Judas – et comme la note de cette chronique l’annonce déjà explicitement, tuant ainsi dans l’œuf le suspens de notre dernier jugement… - avec leur nouveau titre, disais-je, Artematica a choisi de prêcher pour la paroisse des œuvres tournant autour du complot religieux. In the move, ce choix plus qu’orthodoxe n’était pas la meilleure façon d’attirer à elle des ribambelles de disciples, gavés de ce genre de croisade à répétition. Mais j’anticipe un peu ma confession. Débutons par le commencement :
Jonathan Danter vit dans appartement cosy, quelque part dans Manhattan. Journaliste de profession, il est sur le point de prendre l’avion pour mener une interview exclusive, lorsque Scotland Yard lui annoncent une bien étrange nouvelle : le corps de son oncle Franck, mort et enterré depuis une bonne dizaine d’années, aurait été retrouvé récemment dans les rues de Londres. Apparemment, le monsieur aurait quelque chose à avoir avec une branche secrète du Vatican, constituée de savans et spécialistes occultes à la recherche des Verités...

La Malédiction de Judas Il faut bien le reconnaître : depuis Martin Mystère, les petits frères de chez Artematica ne semblent pas avoir gagné de nombreux points de compétence graphique. Si l’on se souvient des agréables décors de leur précédente réalisation – par rapport à leurs personnages tridimensionnels dénués de finesse - on ne peut pas dire que La Malédiction de Judas se hisse avec autant de méticulosité au niveau de son aîné. Le visuel environnemental (en 3D précalculé) n’est pas non plus des plus simplets, loin de là. Son dépaysement n’est d’ailleurs pas à négliger puisque le voyage traverse divers célèbres lieux de notre monde qui raviront les touristes par procuration. Mais lorsque l’on tente une rapide juxtaposition avec la récente concurrence (Runaway 2 à ma droite, Secret Files : Tunguska à ma gauche), le soft fait tout de même pâle figure, d’autant que la morphologie disproportionnée de certains protagonistes, les animations bizarroïdes ou les accoutrements rugueux n’ont d’égale que la relative platitude de leurs personnalités respectives. Heureusement, au-delà de toutes ces allures peu reluisantes, le scénario distille une ambiance intéressante – qui pioche allégrement dans la saga de Broken Sword ou du Da Vinci Code de Brown. Quelques rebondissements sont convenables. La dose d’humour est bienvenue, surtout lorsqu’il s’en échappe un léger parfum d'effronterie. Et si les cinématiques (in-game) font tout de même très « infographiste 3D du dimanche », l’illustration musicale reste correct et le doublage français, effectué par une clique de bons acteurs.

La Malédiction de JudasLa Malédiction de Judas révèle également un peu de son caractère dans sa manière d’aborder les différentes énigmes et séquences d’enquête. A plusieurs reprises, le joueur devra contrôler différents personnages, dans différents lieux, à la manière de l’ancestral (et inégalé) Day of The Tentacle. Jonathan et ses collègues auront donc la possibilité d’échanger des informations entre eux, non pas via une improbable cabine à voyager dans le temps, mais par l’intermédiaire d’un « communicateur ». Les fonctions de cet appareil sont très rudimentaires et dépendantes des indices récoltés au cours du jeu. Par exemple, lorsque l’un des personnages tombe sur une information, il la note automatiquement dans son calepin. Il ne tiendra qu’à vous d’essayer de la faire parvenir à ses coéquipiers – si toutefois elle est susceptible de leur servir à quelque chose car tout est ultra scritpté dans l’aventure – en la combinant avec le communicateur. Les brainstormers ont même poussé le vice de ce système de récoltes d’indices jusqu’à les rendre combinables avec certains objets de l’inventaire. Les possibilités de cet objet sont pourtant très limitées, certaines artificielles. Cela dit, pas mal de pistes sont à recueillir. Encore plus d’objets sont à stocker. De nombreux arrangements sont bien évidemment à la clé. Mais pour cela, il faudra longtemps chercher…
A ce propos et pour en finir, le temps passé à trouver la bonne combinaison est réellement la seule « difficulté » du jeu. Les énigmes et les casses têtes attendues sont d’une rareté déboussolante pour un titre de cette catégorie. Les concepteurs ont-ils dû boucler l’aventure dans la précipitation, pressés par des contraintes commerciales ? Manquait-il quelques deniers supplémentaires au budget initial ? Il n’empêche que les épreuves n’imposent aucun défit pour les méninges d’un féru du point’n click. Le passage d’un chapitre à l’autre se réalise à une vitesse grand V (à peine 6 ou 7 heures d’espérance de vie !), suivi d’une passivité intellectuelle de plus en plus encombrante. Il est fort à parier que les passionnés du genre laisseront tomber Judas et ne l’aideront pas à s’affranchir de sa malédiction. Pour les joueurs occasionnels et les néophytes complets, par contre, ce soft d’aventure allégée comblera sans trop de problème leur emploi du temps passager de cigale. Pas de quoi crier au scandale. Ni au génie. La prochaine réalisation d’Artematica parviendra peut-être à se détacher de ses habituels mérites mitigés. Mais en attendant cet instant sacré, Armageddon sera sans doute déjà passé par là…
gyzmo []

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