Paradise, un nom qui augure du meilleur. Avec Benoît Sokal aux commandes, on a toutes les raisons d'y croire. Pourtant, être considéré comme le chef de file du jeu d'aventure européen, ça ne suffit parfois pas à faire un bon jeu. Autant gâcher la surprise, Paradise est un échec, du genre déception plutôt que ratage.
En Mauritanie, contrée d'Afrique, le roi Reudon est malade et face à une armée de rebelles qui veulent mettre fin à son joug tyrannique. Il ne souhaite plus qu'une chose, revoir sa fille, partie en suisse après son divorce.
L'avion qui ramène celle-ci en Mauritanie s'écrase lourdement... Elle se réveille amnésique, en quête de son identité.

Le coup du héros amnésique est un grand classique. Un excellent prétexte pour distiller des informations sur le monde dans lequel le joueur évolue sans pour autant faire dans l'artificiel. Le concept est d'autant plus intéressant que le joueur en sait plus que l'héroïne sur la trame de l'histoire. C'est donc avec un certain plaisir qu'on fait corps avec Ann Smith, et qu'on commence à voyager à travers des décors incroyables.
Osons le dire, les graphismes sont globalement splendides, et dotés d'une personnalité forte. On sera lassé à la longue par l'aspect usé et parfois terne des couleurs, mais les écrans dévoilent tout au long du jeu d'excellentes surprises. Les décors sont des images 2D générées à partir de modèles en trois dimensions. Le tout est retouché de façon à vieillir les textures et à les rendre très cohérentes. Par dessus s'ajoutent des effets, tels que de la fumée, du brouillard, etc.

Seuls les personnages et les animaux sont 3D temps réel. Et c'est là la première déception : les décors sont réellement plus jolis que les personnages. Et au lieu de servir la maniabilité, la 3D ne permet que de rendre les déplacements hiératiques. Les humains ne cessent de faire des tours sur eux-mêmes sans raison quand ils s'abordent pour discuter ; parfois Ann Smith a du mal à se décider à prendre une direction, et reste en place, laissant le joueur penser que l'accès au prochain écran est verrouillé ; l'échange d'objet des personnages et les montées d'échelles sont rendus ridicules par des collisions ou des mauvais placements.
L'exploration de l'univers se fait par le biais d'une avancée d'écran en écran, un peu à la manière de Myst, si ce n'est que la vue est à la troisième personne. Cela permet sans nul doute de profiter au mieux des décors (dont les plus grands sont gérés par un scrolling) mais a aussi le défaut de nous laisser sur notre faim du point de vue de l'interactivité, car nombreux sont les écrans qui ne comprennent aucun élément à manipuler, ce qui nous amène à penser que le vide est omniprésent.
Paradise offre un univers, magnifiquement élaboré par Benoît Sokal, où le réalisme le plus fort côtoie l'imaginaire le plus inventif. Les créatures les plus improbables se promènent dans des environnements terriblement mystérieux et originaux. Malheureusement, une fois cette "claque" passée, on ne peut que constater que l'écrin est bien trop joli par rapport à ce qu'il contient.
Techniquement, on nous sert un moteur pas innovant pour un sou. Il donne l'impression d'avoir plusieurs années. Gros avantage, le jeu fonctionne sur de nombreuses configurations. Pas besoin des dernières cartes graphiques pour pouvoir en profiter. De même, le type du jeu, point'n click, se prête très bien à un moteur vieillot. Dans 5 ans, on pourra toujours y jouer, on n'aura visuellement pas de déception.
Le hic, car il y en a un, c'est que ce moteur pourtant déjà désuet est parsemé de défauts. Or, comme la couche d'interface est simple, c'est directement le gameplay qui en prend un coup. Il est parfois difficile de localiser les zones actives (notamment les passages vers les autres écrans, ainsi trouver certains endroits du jeu est une difficulté en soi), il arrive périodiquement que les icones d'actions se mélangent. De temps en temps l'inventaire fait des siennes. D'une façon globale, le système de point'n click a une inertie énorme, donnant l'impression de diriger un tank.

D'autre part, le gameplay, même des scènes un peu particulières (pêche à la limande, confection d'un élastique, etc...), n'est jamais fun. On ne prend jamais de plaisir à "faire", on en prend bien plus à avancer et ainsi voir les paysages. Les énigmes elles-mêmes sont réellement difficiles, sauf quand elles boguent. En effet, on se retrouve parfois coincé par un manque d'explications, voire même par des bugs plus graves.
Sur ceux-ci, je serai plus modéré car je n'en ai rencontré que peu, mais la lecture du forum officiel du jeu montre que les véritables bugs, qui obligent à reprendre d'anciennes sauvegardes, sont réellements présents, et gâchent à eux seuls le jeu. Heureusement, White Birds Productions a annoncé qu'un patch était en cours d'élaboration. Ce n'est pas trop tôt.
De même, les scènes où l'on dirige le compagnon d'Ann Smith, un léopard noir, sont complètement injouables. Heureusement, les développeurs ont dû s'en rendre compte et une petite pression sur la touche escape permettra de s'en passer.
Finalement, on est vraiment déçu par Paradise. Les jeux dotés d'un bon background sont rares. Celui-ci avait de quoi faire envie. La technique et le debogage en ont décidé autrement. L'univers est intéressant, une oeuvre à lui seul, mais l'aspect ludique est quasiment absent, alourdi par une mise en oeuvre détestable, et jamais fun.
Si vous en avez l'occasion, jetez un oeil à Paradise pour son graphisme, mais ne vous éternisez pas...
Guillaume []

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