Le Parrain version PC n’avait rien de transcendantal. Sans atteindre les références du genre tels que Mafia ou Grand Theft Auto, cette adaptation peu fidèle du film de Coppola avait pourtant le mérite de proposer une expérience parallèle plutôt bien fichue et suffisamment palpitante pour que l’on ait envie de se la jouer Don d’une famille. Reprenant à la lettre la recette de son prédécesseur, avec l’apport de quelques modifications salutaires, Le Parrain 2 qui fait l’objet de notre présente attention parvient à susciter ce même désir de plonger dans les méandres des complots siciliens et prendre la tête de tout ce joli monde. Et ce, malgré les quelques gros défauts…

D’un point de vue graphique, nous avions déjà fait la remarque dans le test de la version PS3, la saga des Parrains made in EA n’est pas à la hauteur des grosses pointures vidéoludiques qui chercheraient à éblouir l’œil plutôt que l’esprit. Pas d’esbroufes technologiques à l’horizon. Et en fin de compte, ce n’est pas bien grave. Car au-delà des décors Legoland manquant cruellement de détails, de ce Le Parrain 2 se dégage une ambiance colorée, accrocheuse et unique – en grande partie favorisée par une BO excellente et des doublages au diapason, le tout finissant de liquider les nombreux aspects bâclés que l’on pourrait reprocher au titre. Seul gros bémol : la présence d’un abominable clipping à la GTA sur les éléments en mouvements (passants ou voitures) qui se génèrent aléatoirement en fonction du déplacement du joueur. Autrement dit : votre personnage se trouve sur une place vide. Vous tournez la tête à droite, puis à gauche, et tout à coup, l’endroit est bondé de monde. Une véritable plaie pour l’immersion et l’exploration.

Côté maniabilité, le jeu reste fun à jouer. En toutes circonstances. Même si la conduite en bagnole – pourtant pratique pour fuir au plus vite la scène d’un crime, ne ravira pas les accros de sensations fortes. Sur le terrain, votre personnage peut être accompagné de certains membres de la Famille. Ces derniers n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, mais leur spécialité (cambriolage, démolition, médecine…) et leur réactivité face à vos actions dans le jeu sont un atout certain qui pousse à ne pas jouer longtemps en solitaire. Un simple click, une simple tape sur une touche du clavier suffisent pour disposer sa dream team, leur demander de révéler leur talent dès que l’occasion se présente. Les phases d’action sont idéales en plein air. Le système de visée est pratique. Les personnages peuvent se mettre à couvert derrière différents éléments du décor. Mais dès que l’on passe en intérieur, ça se complique : des PNJ qui restent plantés devant une porte, des combats rapprochés bordéliques, une caméra qui a la bougeotte... Autrement, la multiplicité des interactions avec victimes et décors sont une aubaine. Les dégâts sont localisés, permettant ainsi différentes manières d’exécuter la cible. Les empoignades sont bien calibrées sur les mouvements directionnels de la souris et les raccourcis clavier. La combinaison de toutes ces actions permet de doser le degré de violence que l’on veut infliger à ses victimes.

De la bonne vieille batte de baseball au sniper, l’attirail est tout à fait classique. Le fil à étrangler rend l’aventure très intéressante, renvoyant aux fourberies de l’agent 47 ou de Sam Fisher. L’infiltration n’est pas une évidence dans ce Parrain-là, mais la possibilité de pouvoir percer la défense adversaire sans se faire repérer est un challenge des plus appréciables. C’est à cette occasion que l’exploration des trois différentes cartes (Miami, New York, Cuba) s’avère la plus ludique : trouver la faille pour s’y glisser et pourrir le fruit depuis l’intérieur. Il est toutefois regrettable que ces failles (mur fissuré, porte branlante, grillage à cisailler, compteur électrique à pirater) soient balisées par de gros icônes tout moches, repérables à des kilomètres qui plus est. Mais au final, les tactiques d’approche ne manquent pas, ce qui fait du Parrain 2 une expérience ouverte à la liberté d’action. Cette liberté est d’ailleurs présente dans le versant gestion et stratégie du titre. Sans être aussi complexe et à l’instar des conquêtes de territoire de Gang Land ou Escape from Paradise, le jeu développé par EA intègre le loisir de surveiller et contrôler les affaires de votre famille à partir d’une vue d’ensemble, l’œil du Don. Via ce vaste panorama, on décide de la défense de ses commerces ou de l’attaque des bâtiments adverses, on gère sa liste de contrats glanés auprès des passants (assassinat d’inconnus ou d’hommes clé ; passage à tabac ; mise à sac, attentats…), on repère les sites ou personnages importants sur la carte en 3D, on affine les compétences de son équipe moyennant finances. Echelonnée et progressive, la découverte de toutes ces options donne le vertige tant celles-ci apparaissent nombreuses et assez difficiles à maîtriser. Le fait est que Le Parrain 2 ne mise pas tout sur l’action pure. Sa part de gestion des territoires est un facteur capital si bien que le joueur qui n’aime pas se faire déborder par l’adversaire passera plus de temps à utiliser l’Œil du Don qu’à entendre siffler les balles sur le terrain. Avis aux bourrins de base.
Si les premières heures de jeu laissent entrevoir un titre d’une grande richesse – pour sa liberté d’action, pour ses opportunité tactiques, pour sa nervosité dans les combats, pour sa part dominante de gestion, pour son ambiance excellente et pour plein d’autres choses encore (violence, érotisme, humour…), Le Parrain 2 s’essouffle à long terme, se perdant dans une mécanique trop rébarbative. L’abominable clipping (j’insiste), la consanguinité des missions secondaires, le manque d’envergure des trois villes ou l’absence de rebondissements scénaristiques plombent partiellement ce qui aurait pu être une réussite globale. Néanmoins, l’expérience est à tenter, histoire de se mettre en condition pour l’arrivée automnale de Mafia 2.
gyzmo []

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