J'ai une déclaration de la plus haute importance à vous formuler : la Sonic Team ne mourra jamais. La bande à Yuji Naka, responsable dernièrement de Phantasy Star Online ou autre Billy Hatcher, ne semble pas subir l'emprise du temps. Séduits par les nombreuses possibilités offertes par la DS, les géniteurs de Sonic décident de concevoir un titre apte à dévoiler au joueur découvrant la machine, les joies du jeu tout en toucher. Incursion pour le moins étrange du studio le plus représentatif de Sega qui tend à ajouter une plus-value à la nouvelle console portable de l'ennemi juré d'antan, Nintendo...
Un gars, une fille
Project Rub nous narre l'histoire d'un jeune garçon (vous) flânant au gré des trottoirs surencombrés, et dont la vie va tout simplement basculer à la vue d'une charmante demoiselle (elle), inaccessible, presque hautaine, et qui ne le remarque même pas. Le garçon, trop timide et peu sûr de lui, n'ose franchir le premier pas et interpeller cette belle dame. Heureusement, monde Sega oblige, un être doté d'oreilles de lapin, chef de la fabuleuse bande des Rub Rabbits, surgit tel un faiseur de miracle en vous proposant de compter fleurette à madame via une série d'épreuves aussi loufoques que bien pensées. Tiens, que vois-je là-bas, un homme s'étouffe, il a avalé des poissons rouges encore vivants, il faut le sauver ! L'occasion rêvée pour se faire remarquer...
Le titre vous emmènera à travers une série de chapitres, eux-mêmes découpés en plusieurs petites épreuves ou mini-jeux. Il suffit de remplir votre contrat pour atteindre le niveau suivant de l'histoire, car le jeu abrite bel et bien un scénario, aussi débile soit-il. Rien de bien folichon ni de franchement novateur dans le fond, mais c'est la savante appropriation des caractéristiques de la DS, pourtant toute neuve lorsque le titre a débarqué dans nos contrées, qui séduit d'emblée. Dessiner, griffonner, combler, tracer, extirper, souffler, hurler (ceci n'ayant rien d'exhaustif), la nouvelle folie de la Sonic Team ne se cantonne pas dans un seul et même registre et décide de défricher toutes les capacités de la DS. Note importante néanmoins : il est fortement déconseillé de jouer à ce jeu dans un lieu public, afin de ne pas perdre toute votre crédibilité aux yeux de parfaits inconnus. Pire si vous êtes accompagnés !
Un jeu, une atmosphère
D'entrée, Project Rub dégage une fraîcheur, une bonne humeur et un petit aspect coquin, assez déroutant et peu habituel dans le monde vidéoludique, surtout lorsque c'est utilisé à bon escient, bien sûr. Aux antipodes d'un Wario Ware déjanté mais presque devenu prévisible, le dernier-né de chez Sega détonne par ses couleurs chaudes, sa bande son psychédélique au possible, ses bruitages limite érotiques et ses mini-jeux bien plus évolués (mais donc moins nombreux) que le titre de Nintendo.
Intéressant à noter également, les développeurs ont pris le parti de ne pas dessiner de véritables visages aux héros, ni de leur donner de nom, afin que tout un chacun puisse se reconnaître dans la peau de nos deux amoureux. Ce choix, allié à une patte graphique franchement détonante, font que le titre surprend autant qu'il peut dérouter. Si vous ne vivez que par le conformisme à tout va, passez votre chemin...
Oser, risquer, des maîtres mots dont l'équipe de développement ne s'est jamais départie lorsqu'il a fallu inventer de nouveaux mini-jeux. Plus barrés les uns que les autres, certains sentent clairement le fantasme refoulé de l'ado boutonneux, à l'image de la scène de la jeune fille tremblotante à la plage qu'il faut sécher délicatement, mais le titre ne nous donne jamais l'impression d'avoir vu quoique ce soit de son contenu dans une autre production. Project Rub, c'est un bon petit bol d'air et la confirmation que la DS risque de nous surprendre énormément, et dans le bon sens, au cours des prochains mois.
Une réussite contrastée
Un plat savoureux laisse toujours un goût amer dans la bouche lorsqu'il n'est pas assez complet (c'était pour la leçon de vie). Project Rub, hormis le mode Histoire qui devrait vous tenir en haleine une petite dizaine d'heures, vous propose un mode Mémoire revenant sur tous les mini-jeux, ou comment gonfler artificiellement la durée de vie, en corsant le challenge jusqu'à un point assez insupportable. A ce sujet, le soft est loin d'être une partie de plaisir, et passé un certain cap, il devient presque énervant à tel point qu'il pourra rebuter les moins avertis d'entre vous. Project Rub n'est donc pas un titre accessible hormis la première moitié du jeu, et on déplore que les développeurs n'aient pas pensé leur jeu pour un public moins expert. Quand on sait que la machine fut en grande partie conçue pour cette caste de neo-joueurs, c'en devient presque un comble.
Enfin, dans les options, et après avoir passé avec succès les missions qui vous sont allouées, il vous sera possible de revoir votre conquête sous toutes les coutures, voire même de la pointer avec votre stylet, celle-ci émettant des cris de différentes natures en fonction de la localisation de votre approche. Le jeu n'est pas interdit au moins de 12 ans pour rien...
Quoiqu'il en soit, inutile de se voiler la face, la première incursion de Sega sur DS est une franche réussite. Frais, attractif, diablement envoûtant, il faudrait être complètement opaque au genre pour ne pas reconnaître les qualités évidentes du titre. On ne peut par contre que déplorer un niveau de difficulté assez agressif passé les premières heures et un manque de mini-jeux flagrant sur la longueur. Pour la petite histoire, une suite, très prometteuse, est d'ores et déjà annoncée, et si elle se révèle apte à corriger ces quelques défauts, on ne peut que piaffer d'impatience en attendant sa sortie !
Brieux []

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