Comme à leur habitude, les brainstormers ne se sont pas embarrassés d’ingéniosité pour surprendre les joueurs. Etudier l’environnement (plusieurs fois de suite) ; trouver le pixel magique contenant la description pertinente ou un item à ramasser ; regarder / utiliser / combiner les bons objets à l’endroit adéquat ; réétudier l’environnement (plusieurs fois de suite), à la recherche d’une éventuelle nouvelle observation tombée des nues : à peu de chose près, voici les liants qui façonnent ce jeu d’aventure à la difficulté (ou progression) vraiment aléatoire. Les nouvelles énigmes ont tout de même été réfléchies de manière à les rendre un peu plus logiques que dans la précédente aventure. Je rassure les inquiets : le cachet décalé et improbable de celles-ci est encore d’actualité ! Fidèle à leur marque de fabrique, ces mêmes brainstormers n’ont d’ailleurs pas lésiné sur l’importance fondamentale d’enchaîner - dans un ordre bien précis - les différentes actions permettant la résolution d’un obstacle. Tout est sur un seul rail. Aucune autre initiative n’a été intégrée. Et s’il y a bien une situation agaçante, c’est d’avoir la solution au bout de la souris, d’être clairvoyant quant à l’utilisation des items de son inventaire (entre eux ou sur le décor), et de ne pas pouvoir anticiper cette étape avant d’avoir déclenché le script approprié, lequel (ce foutu fourbe !) se dissimule bien souvent dans les méandres des dialogues de nos interlocuteurs, parmi l’une de leurs innombrables, interminables et additionnelles répliques. Autant vous dire que les va-et-vient entre personnages et des heures de papotages occupent la plupart du temps. A la longue, une fois compris et digéré, ce mécanisme (trop) parfaitement huilé engendre un peu de lassitude. Le challenge perd de sa substance. Ne reste plus que le plaisir d’entendre délirer la faune complètement barrée de cette aventure au design fantastique…
Ce sont là les deux grands atouts de Runaway 2 : les personnalités attachantes et humorisiques des héros ; la direction artistique, mélange subtil entre décor 2D peint à la main et 3D au rendu cartoonesque. Le design des personnages n’a pas pris une ride. On retrouve les mêmes ingrédients caricaturaux qui ont fait la popularité de Runaway, à savoir : de la bimbo ultra siliconée, du costaud pas très futé, du maigrelet frappé du ciboulot, de l’intello aux idées invraisemblables, du mal dans sa peau, du décontracté du genou, des pets et du guest star, du bestiaire enquiquinant, du méchant très très méchant, du barjot (beaucoup de barjots)… Au milieu de cette confrérie de la bêtise et de l’impertinence (voire, un peu vulgaire, du moins, dotée d’un franc parlé), Brian a réellement été choyé par ses démiurges. Décontract, déguisé, emmitouflé, en petite culotte, notre globe trotteur change souvent d’apparences suivant les évènements. Mais les caractéristiques qui le placent en pôle position – en dehors d’être le héros de cette aventure, hein ! – sont les copieuses et diverses animations mises à sa disposition pour agir avec son contexte. De mémoire de point’n clickeur, jamais un héros d’aventure n’avait bénéficié d’une palette d’attitudes aussi riche, tributaire évidemment des nombreux obstacles physiques rencontrés par Brian sur le terrain. A ce propos : de l’île tropicale au temple Maya, le dépaysement ne semble d’abord pas transcendantal, reste dans la mesure des grands classiques du genre, pour finalement nous embarquer vers une destination insolite et jubilatoire, une fois encore inspirée par une des grosses pointures du point’n click (dont il convient de terrer le nom, pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise). Malgré ces ambiances plus ou moins banales pour un jeu d’aventure, le travail esthétique réalisé sur les environnements est un ravissement pour les yeux. La soif de découverte de la petite cinquantaine de lieux à visiter ne s’assèche pour ainsi dire jamais. Les concepteurs graphiques ont intégré une ribambelle d’effets animés pour donner vie à un ensemble décidément très harmonieux et irréprochable d’un bout à l’autre du périple. La bande son et les compositions musicales enjolivent le tout. Le cast vocal français est toujours aussi impeccable. Seul bémol : le déséquilibre de longévité entre les chapitres. Si le premier fait office de maigre mise en bouche, à partir du troisième, le jeu devient plutôt avare de tableaux à visiter. L’aventure se fait progressivement engloutir par des cinématiques de belle facture, certes, mais envahissantes et longuettes par rapport au temps de jeu. Proclamer que la seconde moitié de Runaway 2 est en fait un film d’animation interactif serait cependant de mauvaise foi. Pourtant, en terme de diversité et de durée de vie, la générosité du second chapitre fait quelque peu passer ses compères pour des demi-portions accouchés à la va-vite. Cette curieuse impression sonne d’autant plus juste qu’en fin de compte, l’intrigue principale – bourrée d'humour, de références à la culture pop, et notamment aux jeux vidéo et autres oldies – soit arrêtée en plein vol par un « à suivre… » à la fois déroutant et frustrant. Hé oui ! A l’instar de la franchise par épisodes Half Life², pour connaître le fin mot du rêve de la tortue, il faudra attendre la sortie du troisième opus. Avouez que derrière cette stratégie commerciale (diablement accrocheuse pour qui a aimé suivre les aventures du Brian), quelque chose de nauséabond ne peut s’empêcher de poindre au bout du nez du joueur : devoir débourser des euros supplémentaires pour terminer ce qui a été entamé…
gyzmo []

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