9/10Heavy Rain - Test

/ Critique - écrit par Flob, le 04/04/2010
Notre verdict : 9/10 - Les giboulées de Mars (Ecrivez votre critique)

Tags : heavy rain test playstation personnages video dream

Entre jeu vidéo et film interactif, Heavy Rain et sa réalisation contrôlée imposent le respect. Certes, ce n'est pas le titre qui marquera un tournant dans le domaine, mais il restera une oeuvre majeure qu'il faudra avoir essayé.

L'un des titres PS3 qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive dernièrement est sans conteste Heavy Rain. En effet, l'œuvre controversée de Quantic Dream a séduit grâce à des vidéos impressionnantes il y a quelques années, avant d'apeurer le cercle vidéoludique ces derniers temps avec des phases de jeu bourrées d'actions contextuelles. De plus, les graphismes qui nous semblaient grandioses auparavant sont maintenant quasi rentrés dans la norme. Alors, que vaut réellement ce titre ? Chef d'œuvre ou pétard mouillé ?

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"J'ai peur de ne pas vendre assez de titres docteur"
Nous débutons l'aventure sous les traits d'Ethan Mars, personnage central et père alors comblé par sa situation idéale, tant professionnelle que familiale. Malheureusement, sa vie va prendre rapidement un tournant dramatique, et un malheur n'arrivant jamais seul, ce dernier va devoir affronter le Tueur aux Origamis. Un serial-killer qui amènera les destins de Madison Paige, jeune photographe ; Norman Jayden, profiler du FBI ; et Scott Shelby, détective privé ; à se croiser, voir se rencontrer, au fil de l'histoire.
D'ailleurs, l'histoire est l'élément dominant du jeu. Bien plus qu'un simple fil, elle s'apparente à une grosse toile d'araignée liant entre eux tous les protagonistes. Au joueur alors de tisser la sienne au fur et à mesure de sa progression. Le scénario est ainsi en perpétuelle évolution, dépendant des décisions de celui qui  tient la manette ; car vos actes auront souvent des répercussions, plus ou moins importantes, et pas toujours évidentes à identifier.

Un principe inspiré et amélioré du précédent développement de Quantic Dream ; Fahrenheit ; et qui s'appuie pour cela sur diverses phases de gameplay, entre jeu d'aventure et d'enquête.
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"Files moi tout de suite Heavy Rain !"
En effet, la jouabilité a majoritairement recours à un système baptisé Motion Physical Action Reaction, qui peu s'apparenter à du point and click évolué. Ainsi, lorsque l'on s'approche d'un élément interactif, un icône apparait indiquant en général un mouvement à reproduire avec le stick droit. Au joueur d'utiliser ensuite ce système à bon escient pour explorer les niveaux.
Une exploration parfois laborieuse en raison des déplacements lourds des protagonistes ; gérés par le stick gauche pour la direction et la gâchette droite pour la vitesse ; qui ne sont de plus pas facilités par des angles de caméra parfois maladroits.
Mais il ne suffit pas d'ouvrir des placards, et les dialogues, gages d'un scénario de qualité et influants sur les évènements ont eux aussi eu un traitement particulier. Le visuel des phrases change ainsi suivant l'intensité de la scène ; se brouillant par exemple lorsque le personnage est stressé ; ce principe est d'ailleurs identique pour prendre certaines décisions.
Ainsi, les développeurs ont exploité au maximum les actions contextuelles, habituellement utilisées au travers de Quick Time Event lors de cinématiques, qui se retrouvent logiquement être de la partie. Ces derniers sont cependant plus évolués que des QTE bêtes et méchants obligeant souvent le joueur à ne pas louper sa séquence sous peine de la recommencer. Comme dans la vraie vie, des gestes ratés seront éventuellement synonymes de dénouement malheureux, mais pas  d'étape à rejouer.

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"Vais-je trouver un mec de Krinein pour danser ?"
Impossible donc de se retrouver devant un game-over, ce qui peut néanmoins déstabiliser les rancuniers qui ne pourront pas recommencer certaines phases de jeu manquées, frustrés devant cette aventure qui avance toujours, action réussie ou non.
Ce principe donne par conséquent une impression de facilité, qui n'est d'ailleurs pas qu'une idée. En effet, l'enquête est finalement assez simple, à l'image de l'agent Jayden et de son ARI, système de recherche d'indices en temps réel qui nous assiste  énormément lors de ces séquences.
Et les nombreuses pensées des personnages jouables, lisibles grâce à la gâchette gauche, bien qu'intéressantes voir indispensables pour comprendre l'aventure, intensifient cette impression  d'aide quasi permanente. Un doute confirmé par les niveaux restreints, nous guidant sans embûches vers les preuves ou actions à réaliser.

Mais après tout, ce qui semble à première vue desservir la jouabilité n'est peut être pas tout simplement étudié pour servir en priorité l'expérience du joueur ? Car le rythme soutenu imposé par l'histoire nous absorbe complètement, et il serait alors ennuyeux de bloquer pendant des heures sur une énigme alors que le jeu se veut proche d'une œuvre cinématographique. Sous cet angle, Heavy Rain est une réussite ; atmosphère pesante de thriller, personnages complexes même si stéréotypés, histoire à rebondissements ; la réalisation est proche d'un très bon film.
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"1, 2, 3 ... Soleil !!!"
Le travail graphique accompli renforce alors ce sentiment, que ce soit sur les lieux détaillés ; à la qualité très inégale cependant ; sur la modélisation léchée des personnages, ou encore sur l'ambiance sonore digne du box-office. Les nombreuses heures de motion capture ont donc porté leur fruits, livrant des gestuelles et mimiques assez saisissantes, bien qu'encore éloignées du pur photoréalisme.
Pour les puristes, nous vous conseillons d'écouter les voix anglaises pour profiter au maximum du jeu des acteurs, à l'origine de la synchronisation labiale de qualité. L'immersion ne pourra être que meilleure, et l'expérience intense...

Pour ceux qui en doutent encore, Heavy Rain est bien un jeu vidéo. Certes très éloigné des codes actuels plus orientés vers l'action, mais tout aussi divertissant ; s'appuyant sur des héros attachants, une ambiance sombre prenante, et surtout une réalisation complètement contrôlée aux fins multiples.
Ainsi, après un peu moins de dix heures de jeu, il sera toujours amusant de rejouer les scènes différemment afin de découvrir de nouveaux chapitres et dénouements ; au risque de démystifier l'expérience cependant.
Heavy Rain, thriller interactif plus que maîtrisé,  ne changera sans doute pas le domaine vidéoludique, mais restera cependant l'une de ses oeuvres majeures.