8/10James Noir's Hollywood Crimes - Test

/ Critique - écrit par Islara, le 24/11/2011
Notre verdict : 8/10 - Se garder une marge de progression... (Ecrivez votre critique)

Tags : nintendo crimes noir enigmes hollywood jeux james

Les quelques actes manqués de James Noir ne dévalorisent pas ce jeu magnifique, innovant, prenant et immersif. Il faut peut-être l'envisager comme une mise en bouche délicieuse, faite pour tester le public sur un genre encore trop restreint et, une fois l'épreuve réussie, pour se lancer dans une affaire bien plus ambitieuse. C'est en tout cas ce que l'on souhaite ardemment.

Bonjour ! Je m'appelle Islara et je suis passée à la télé. Sur Krinein ? Non sur NHN. Que dites-vous ? Ça n'existe pas. Oups, pardon, oui, vous avez raison, veuillez m'excuser. C'est qu'à force de jouer à James Noir, j'ai fini par vivre une seconde vie vous voyez, une autre vie qui devenait presque plus réelle que la vraie. Vous comprenez, j'avais ma photo dans le journal, je me voyais dans le miroir des studios, c'est à moi que les producteurs parlaient.

Trêve de plaisanterie ami(e) lecteur, il ne s'agit pas de parler de moi aujourd’hui, mais de James Noir, qu'il est désormais inutile de vous présenter.

Immersion, quand tu nous tiens !

James Noir's Hollywood Crimes - Test
De vrais acteurs ?!
Ubisoft avait dit avoir travaillé sur l'immersion et privilégié un jeu où l'on est soi-même l'héroïne, le constat est là, c'est tout à fait le cas. Et, on confirme, c'est un excellent choix. Un jeu d'aventure est toujours plus plaisant lorsque lorsque l'on est nous-même, qu'il n'y a pas à se mettre dans la peau d'un ou d'une autre, que l'on observe tout comme si l'on y était, en particulier quand les images sont en 3D, que les graphismes sont aussi beaux et que les autres intervenants sont des acteurs et non des images de synthèse. Celles-ci ont beau s'améliorer avec le progrès, elles donnent toujours aux êtres vivants le regard fixe, des traits anguleux et des mouvements saccadés. Alors on préfèrera toujours de l'authentique. Ainsi, sans réelle surprise mais avec délice, on a retrouvé les deux bonnes vieilles recettes de Myst : jeu à la première personne où l'on est le héros + vrais acteurs.

James Noir's Hollywood Crimes - Test
L'énigme se résout sur l'écran 3D !
En revanche, là où on se fait bluffer, c'est que même pour la résolution des énigmes, tout semble plus vrai. Dans la partie aventure (et seulement elle), les jeux de miroirs, d'anneaux, de cube etc..., on les résout, via l'écran tactile, mais sur l'écran 3D, presque comme si on les tenait en main. Plus encore sur le jeu de bille à faire avancer à travers un labyrinthe : point d'écran tactile, on incline sa 3DS, dotée d'un gyroscope, et la petite bille avance comme si la gravité agissait. Bravo ! Au-delà de l'amusement et du gadget, tous ces petits outils renforcent l'immersion, la sensation physique d'y être et c'est la grande valeur ajoutée de James Noir par rapport à sa muse avouée, la série Professeur Layton. Car même si Layton ne disposait pas des capacités de la 3DS, il n'a jamais utilisé le double écran dans la résolution des énigmes, alors qu'il aurait très bien pu le faire.

Pourquoi un jeu est-il plus savoureux lorsque sa puissance immersive est élevée ? Pourquoi la création vidéo-ludique, à l'instar d'autres arts, court-elle tant après cette caractéristique ? Probablement parce que le ludique a pour vocation de nous reposer l'esprit temporairement, de nous faire oublier la réalité et que l'immersion est un des moyens les plus sûrs d'y parvenir. Mais c'est là un thème de psychologie ou de philosophie que nous n'aborderons pas plus avant. Retournons à nos moutons.

Aventure, quand tu nous guides !

James Noir's Hollywood Crimes - Test
A Hollywood, on s'attendait à plus de manigances...
Tu nous guides petite aventure, mais malheureusement, tu ne fais que ça ou presque. Après l'E3 et "l'interview" de James Noir, après l'introduction vidéo très alléchante, après les promesses d'Ubisoft sur de bons coups de théâtre et une surprise finale, on doit bien admettre que l'on reste sur sa faim. On s'attendait à une intrigue complexe, faite de complots, de machinations et de suspense dignes d'un thriller. On n'atteint malheureusement pas ce sommet. Si l'on ne s'était attendu à rien, on serait passé outre, mais sur Krinein, on s'attendait justement à peut-être trop.

Qu'est-ce qui donne ce sentiment de déception ? Le manque de personnages peut-être, il n'y en a que six, le joueur inclus. C'est un peu léger pour créer une intrigue palpitante. La répétitivité des séquences peut-être aussi, lesquelles alternent méthodiquement entre jeu télé et phase d'enquête/aventure. Enfin et surtout, l'histoire un peu trop simple : point de complot, ni de secrets incroyables, ni de machination ou manigances propres au milieu hollywoodien. Même la surprise finale de fin de jeu, on la devine avant même de la découvrir. Et on regrette que les sauvegardes soient automatiques ce qui nous empêche, juste pour s'amuser, de voir ce qu'il se serait passé lorsque l'on perd le jeu télé... Il n'y a plus qu'à essayer avec une des deux autres unités de sauvegardes.

James Noir's Hollywood Crimes - Test
Comme dans un film...
Pour autant, James Noir a fait preuve de sacrées innovations en la matière du genre "énigmes" et a donc droit, comme tout pionnier, à une réelle indulgence de la critique. Ainsi, les énigmes sont très habilement introduites dans l'aventure, contrairement à Pr Layton (même si des efforts avaient été fournis avec les derniers opus), à tel point qu'on avait presque parfois l'impression de se retrouver dans un bon Myst, seule, à essayer de comprendre comment fonctionne une foutue machine. En outre, l'aventure est véritablement vivante avec les belles fonctionnalités de la 3DS. Entre caméra, appareil-photo, capacités graphique et sonore, toutes exploitées à fond (même si parfois les images pixelisent un chouilla), la réalisation se déroule quasiment comme un film et est de ce fait très prenante. Les thèmes musicaux jazz choisis, et en plus variés, collent parfaitement à cette ambiance, à l'univers des années 60 et nous envoûtent véritablement. Une telle réalisation avec un scénario plus touffu donnerait probablement un résultat exceptionnel d'ailleurs. Enfin, il y a une dose gargantuesque d'humour et de clins d’œil tous très appréciables, que ce soit dans les propos des personnages, les lettres des fans, la mise en scène, notre photo qui parade sans arrêt, le journal local, et tout simplement le concept très original d'un jeu télévisé.

James Noir's Hollywood Crimes - Test
Une sacrée dose d'humour !
Dernier bémol néanmoins, et peut-être le plus grand : la durée de vie de cette aventure atteint à peine les 8H quand on ne se concentre que sur elle. Même si un joueur lambda ne fera pas uniquement de l'aventure et poussera donc vers les 13H de jeu, persévérera-t-il une fois celle-ci terminée ? N'aura-t-il pas un sentiment de lassitude à devoir résoudre encore X énigmes, sans aucun autre met pour l'accompagner ? Même si Ubisoft avait volontairement fait le choix d'une aventure plus secondaire, le jeu n'aurait-il pas gagné à disposer d'un scénario plus long ? La réponse sera probablement variable selon les personnes, mais il est possible qu'une partie du public n'aille pas plus loin et soit donc encore plus déçue. Évidemment, les amateurs purs et durs d'énigmes s'en moqueront éperdument.

Énigme, quand on te possède !

Passage obligé pour ces amateurs, essence même du jeu, comparaison incontournable quand on connaît la genèse de James Noir : que valent donc ses énigmes par rapport à celles de Pr Layton ? La question n'est pas vitale, car un(e) fan de ce genre ludique se moquera que ce soit mieux ou non. Il (ou elle) a juste envie de refaire de l'énigme après tant de mois de vache maigre et que ces énigmes soient un minimum sympathiques. Mais la question nous taraude quand même, juste par curiosité, pour savoir.

Laissons de côté l'aspect quantitatif. Sur Layton, on est passé de 135 énigmes dans l'Etrange Village, (sans compter celles téléchargeables en wi-fi), à 168 dans le Destin Perdu (idem, hors wi-fi). Donc environ 150 sur James Noir (impossible de les compter précisément à défaut de liste), c'est tout à fait honorable, surtout pour un premier essai.

James Noir's Hollywood Crimes - Test
Facile ! (commencer par la fin)
Passons au qualitatif. Crainte exprimée, crainte malheureusement constatée : quand on a déjà joué à trois Layton, les énigmes sont véritablement trop faciles ! Dans leur classification de 10 à 120, seules les énigmes à 120 points donnent sérieusement du fil à retordre. Or, elles n’apparaissent qu’à la cinquième manche. Autant dire que le joueur les enchaîne à vitesse grand V. Et cela signifie aussi qu’on n’en a que 12 véritablement complexes. En ajoutant celles de 85 et 90 points, disons 24 vraiment intéressantes. Certes, il faut aussi compter les énigmes envoyées par les fans mais il n’y en a que 24 (contrairement aux 40 annoncées) et elles sont au départ assez simples. Quant aux énigmes de l’aventure, elles sont comme prévues accessibles, trop même (la plupart se résolvent en moins de deux minutes), ce qui a probablement joué aussi dans la faible durée de vie. C’est un peu dommage pour un fan. Même si un tel choix peut s’expliquer par la volonté de séduire le plus de monde possible, ne pouvait-on pas augmenter un peu le nombre d’énigmes plus complexes ? Même le jeu de mémoire soi-disant injuste est étonnamment facile, pour peu que l’on n'ait pas arrêté l'aventure pendant plusieurs semaines.

Autre déception de fond, alors que le but est de rendre ce type de jeu accessible, aucun explicatif post-résolution n’apparaît !? Il aurait pourtant été fort agréable et enrichissant de savoir combien de solutions comptait l’énigme, quelle méthode il fallait employer pour la résoudre, en combien de coups minimum on pouvait la réussir, quelles variantes existent etc… On avait droit à ce petit supplément dans Layton, il nous manque aujourd’hui, en particulier dans les suites logiques : on a toujours peur d’avoir trouvé par hasard ou pour une mauvaise raison. Comment savoir que notre idée était la bonne ?

James Noir's Hollywood Crimes - Test
Du bien connu : les engrenages
En revanche, le joueur sera très satisfait par la grande variété proposée. On trouve du bien connu :

- énigmes de découpages
- taquin
- solitaire
- engrenages
- reconstitution d’images
- dessin caché
- dessin d’un seul trait
- suites logiques
- constructions en 3D
- variantes d’échec
- fil emmêlé
- labyrinthes

même si quelques catégories manquent à l’appel, comme les énigmes d’énoncé ou de calculs (certes il y a la pyramide numérique, mais elle est tellement simplissime qu'elle ne compte pas).

On trouve néanmoins beaucoup d’innovations par rapport à Layton :

- énigmes d’observation pure
- équivalent simplifié du rubik cube
- énigmes japonaises (hashiwokakero ; shikaku)
- énigmes sans énoncé où l’on doit comprendre par tâtonnement
- variante du jeu de société « Dix de chute »
- traversée de rails
- traversée de rivière via rondins et planches

et d’autres bonnes surprises.

James Noir's Hollywood Crimes - Test
Pas besoin d'être matheux !
On apprécie aussi beaucoup, comme promis, qu’aucune énigme ne nécessite de connaissances mathématiques. Certaines énigmes du Pr Layton nécessitaient des connaissances assez avancées en géométrie ou en algèbre alors qu’ici, seul le sens logique est de mise. Tout le monde peut y arriver, qu’il soit matheux ou non, et même si son sens logique n’est pas des plus aigus, il s’affûtera avec la progressivité mise en place, la reprise régulière des mêmes énigmes en plus difficile, et via également le système d’astuces.

Autre point très appréciable : alors que certaines solutions dans Layton pouvaient se contester voire sembler erronées, ce n’est absolument pas le cas dans James Noir. C’est a priori un sans faute pour la production Ubisoft (sous réserves évidemment de la faillibilité de votre humble servante).

Derniers points, formels, mais importants : on ne demandait pas un bloc note façon Layton avec 12 couleurs et une variation de l’épaisseur du trait (c’était presque trop), mais disposer d’une simple gomme à chronologie inversée (on ne gomme donc pas ce que l’on veut), c’est très insuffisant et on sent à plusieurs reprises que l’outil est bancal. Enfin, il n’y a aucune liste ni répertoire permettant de retrouver les énigmes facilement, pour les refaire ou les proposer à l’entourage. C’est là aussi un peu dommage.

 

Conclusion

Avec quand même un peu de recul, on a envie de dire que les quelques actes manqués de James Noir ne le dévalorisent pas. Il faut peut-être envisager cette production comme une mise en bouche délicieuse, faite pour tester le public sur un genre encore trop restreint et, une fois l'épreuve réussie, pour se lancer dans une affaire bien plus ambitieuse (ce qu'on appelle la marge de progression). C'est en tout cas ce que l'on souhaite ardemment.

 

Petit tableau récapitulatif (le - indique que le jeu est moins bon que l’autre dans le domaine cité, mais c’est purement comparatif ; donc cela ne signifie pas pour autant que le jeu pas bon dans le domaine en question ; inversement, le + indique que le jeu est supérieur à l’autre).

1 point par +

 

James Noir

Pr Layton

Score de chaque jeu

Nombre d’énigmes

=

=

0/0

Difficulté

-

+

0/1

Présence d’erreurs

Non (+)

Oui (-)

1/0

Nécessités de connaissances

Non (+)

Oui (-)

1/0

Présence d’explicatifs

Non (-)

Oui (+)

0/1

Variété des énigmes

-

+

0/1

Innovation dans les énigmes

+

-

1/0

Ergonomie et commandes

+

-

1/0

Bloc Notes

-

+

0/1

Liste et classement des énigmes

-

+

0/1

 

 

 

 

TOTAL

4

5

4/5

Bravo à Layton qui est en tête de peu et gagne donc un an d'abonnement au journal The Hollywood Report.