9/10StarCraft II - Wings of Liberty - Test

/ Critique - écrit par Nicolas, le 19/08/2010
Notre verdict : 9/10 - Les ailes du désir (Ecrivez votre critique)

Tags : starcraft wings test missions liberty blizzard campagne

Oui, je sais, la critique est à la bourre, mais c'est la faute à Blizzard ! Ils n'avaient qu'à pas faire de jeu aussi complet, je n'ai plus de temps libre, moi !

Encore aujourd'hui, il serait difficile de coller une sale note à Starcraft, malgré les limitations techniques de ce dernier. Pourtant, même à l'époque, le titre de Blizzard ne faisait pas office d'énorme révolution dans le milieu du STR, la construction de son gameplay nous renvoyant à n'importe quel autre jeu de stratégie à quelques subtilités près. Mais le génie a semble-t-il contaminé les petits neurones des développeurs, qui ont imaginé trois races très distinctes qui font toute la force du jeu. Chaque faction dispose de ses propres unités, de son propre mode de développement, et de ses propres spécificités. Ainsi, un Protoss devra téléporter les bâtiments à partir de sa planète mère et les alimenter avec des cristaux d'énergie, tandis qu'un Zerg devra sacrifier des travailleurs pour ériger des constructions organiques sur son terrain de mucus. Ce ne sont là que quelques exemples parmi un ensemble de finesses rendant Starcraft à la fois simple d'accès et difficile à pleinement maîtriser.
Presque dix ans après, en 2007 plus exactement, Starcraft II était annoncé. Une telle déclaration a évidemment fait grand bruit, mais il était alors impossible de savoir dans quelle direction Blizzard allait partir. Refonte totale du système de jeu ou adaptation technique d'un titre qui de toute façon allait se vendre comme des petites chocolatines ? Le doute a perduré longtemps, mais la longue attente des fans connaîtra un nouveau remous en 2008 : Starcraft II sera divisé en trois épisodes, un pour chaque race. Il y avait de quoi râler, mais Blizzard assura que si la campagne des Terrans serait la seule disponible dans un premier temps, elle serait conséquente. La firme ajoute que le multi-joueurs sera, lui, entièrement disponible avec les trois races jouables. Les meubles sont sauvés, mais jusqu'à quand ? Probablement jusqu'à l'annonce du prix des extensions, qui risque de faire des vagues...
Nous voici désormais avec la bête, la toute première, enfin entre nos mains. Dès sa sortie, les critiques dithyrambiques se sont déversées sur le net : la presse criait au génie, tandis que les joueurs se partageaient entre les conquis sans réserve et les déçus, tableau général aisément compréhensible étant donné le degré de popularité du jeu. Explications détaillées.


Si l'on simplifie, une partie basique de Starcraft commence comme n'importe quel STR traditionnel : produire des travailleurs pour récolter du minerais et du gaz, lesquels serviront à payer le prix de construction de bâtiments vous octroyant soit la possibilité de créer des unités, soit de développer des nouvelles améliorations pour vos armées déjà existantes. Il suffira ensuite de constituer un ensemble de troupes à envoyer sur l'ennemi, en prenant en compte sa stratégie apparente. Inutile de penser vaincre en envoyant des troupes terrestres bon marché contre un adversaire à 100% aérien, il faut donc espionner la base de son ennemi et décider de sa propre stratégie. Quoi de plus enthousiasmant que de débarquer vos soldats en plein milieu des travailleurs de l'adversaire, dans son dos, alors que celui-ci constituait un mur défensif à l'entrée de sa base ?  Joies de Starcraft, ce n'est pas uniquement le nombre d'unité qui l'emporte, mais bien votre réactivité et votre adaptabilité. Comme je l'ai précisé en introduction, le ciment de l'univers Starcraft se constitue de son trio de races, qu'il n'est pas inutile de re-décrire pour les joueurs qui viennent de rejoindre la communauté ou qui hésitent encore. Allons-y gaiement.
Les Terrans sont certainement la faction la plus facile à comprendre, et constitue donc une excellente entrée en matière. Les bâtiments sont directement construits par les travailleurs (= VCS), en fabriquer plusieurs à la fois implique donc de délaisser la récolte de matières premières (à moins de se construire une armée significative de VCS). En outre, la plupart des constructions Terrans peuvent s'échapper par les airs, pratique pour fuir un terrain dévasté par l'ennemi. L'arbre technologique Terran induit d'instinct une tactique de repli sur soi-même, où le joueur va se « carapacer » sur sa propre base pour éviter les intrusions, au moyen de bunkers et de tanks de siège.
Les Protoss sont une race d'extraterrestres qui se positionnera certainement comme le deuxième choix des débutants. La faction réclame énormément de ressources pour fonctionner, et pour cause, leurs unités de base sont puissantes et redoutables dans les offensives précoces.
Leurs travailleurs (= probes) téléportent à partir de leur planète mère les bâtiments à l'endroit désiré en créant un petit vortex. En une seconde, le probe peut donc retourner travailler, ce qui permet aux Protoss d'avoir une liberté de construction incomparable, du moment qu'on y met les moyens.
Les Zergs sont les spécialistes de la production de masse. Tout se joue autour de leur ruche, les larves produites par cette dernière servant aussi bien à concevoir des travailleurs (= drônes) que des unités d'attaque. Un joueur Zerg est contraint de sacrifier un drône pour chaque bâtiment qu'il veut construire, une vraie plaie en début de match mais une broutille dans les parties avancées. Le Zerg averti comprendra alors que s'il veut pouvoir submerger son adversaire, il devra faire en sorte de disposer de nombreuses larves (donc plusieurs ruches) et attaquer rapidement.


Ce premier épisode de Starcraft II, baptisé Wings of Liberty, se concentre uniquement sur le point de vue Terran. Les habitués du STR n'y trouveront aucune innovation notable si ce n'est que le jeu se place désormais comme la référence exhaustive du genre. Tout ce qu'il était possible d'imaginer avec le concept traditionnel a probablement été introduit dans Wings of Liberty, si bien que la campagne se révèle être un petit trésor de gameplay. On passera évidemment par les très classiques missions d'exploration, d'endurance, ou de collecte de ressources, mais le jeu parvient souvent à varier ses challenges pour proposer une expérience complète et diversifiée. Il ne s'agira pas uniquement de lever une énorme armée pour défoncer du Zerg, non, il faudra comprendre l'environnement et la mission, et utiliser au mieux les possibilités des Terran. La lave fait marée haute toutes les cinq minutes ? Mettez vos VCS à l'abri et élevez dans les airs vos bâtiments ! Des Terrans infectés jusqu'au trognon vous attaquent de nuit ? Barricadez-vous dans des bunkers et au lever du soleil, allez bousiller leurs installations ! Chacune des missions a son intérêt, et même si quelques unes ne vous emballent pas, il faut à la louche 30 minutes pour boucler le panneau des objectifs (en mode normal), ce qui ne sera pas un effort insurmontable.
Entre chaque mission, le héros Jim Raynor retourne sur l'Hypérion, ce qui vous permet d'administrer un peu plus précisément votre partie. A la manière d'un Point'n Click, vous pourrez parcourir le vaisseau, discuter avec votre équipage, et mener les recherches scientifiques. Tout cela n'est pas forcément déterminant, mais il est agréable de se poser au bar pour tailler le bout de gras, explorer le répertoire musical du juke box (Sweet Home Alabama et Free Bird inside), jouer à un simpliste jeu d'arcade, et découvrir l'univers du jeu. Les crédits et les points de recherche glanés sur le champ de bataille seront utilisés dans l'armurerie et le laboratoire, permettant respectivement d'améliorer votre arsenal et de découvrir des nouvelles unités.
Certaines de ces améliorations changent la donne de manière significative et déséquilibrent un peu le rapport de force, mais il s'agit ici surtout de procurer du plaisir au joueur et de le laisser mener un peu ses troupes comme il l'entend. Aucune incidence en tout cas sur le multi, ces perfectionnements seront exclusivement réservés à la partie solo. On constate d'ailleurs que pour éviter les soucis d'équilibrage, certaines unités de la campagne ne se retrouvent pas en multi. Pas trop grave dans l'idée.
La campagne comprend en tout 29 missions, mais qu'il ne sera pas possible de faire en une seule fois, certaines étant optionnelles et sanctionnées par un choix. Ce nombre comprend également une mission secrète (bien moins secrète depuis quelques temps) qu'il faudra découvrir avant de voir le générique de fin. En mode normal, on parle donc d'une quinzaine d'heures de jeu, ce qui n'est pas extraordinaire pour un jeu de ce type, juste correct. Il faudra de toute façon refaire chacune des missions pour débloquer des Hauts Faits dans les modes plus difficiles, ce qui assure une extension de longévité bienvenue pour les gamers.


Mais ce qui décuplera réellement sa durée de vie, ce qui fera de lui le roi des bandes passantes, c'est bien sûr son mode multi-joueurs. A l'occasion, Blizzard a mis en place un nouveau Battle.net dont l'éditeur n'est pas peu fier, et il y a de quoi. L'interface est conviviale, réactive, et le plus important : tout à fait fonctionnelle !
- en un coup d'œil, vous pourrez repérer qui est en ligne parmi vos amis et chatter avec eux, qu'ils soient en attente de partie ou en cours de match. Dans cette dernière hypothèse, le message lui apparaît comme si vous faisiez partie de son équipe, ce qui lui évite de jongler avec une fenêtre de dialogue comme cela a pu être le cas avec les interfaces de type Steam ;
- en un ou deux clics, vous pourrez former un groupe et rechercher une partie aléatoire en ligue. Une fenêtre commune est disponible pour discuter, et vous pourrez rejoindre une partie en tant que groupe (et non pas un par un) ;
- en une ou deux minutes, vous pourrez trouver une partie personnalisée répondant à vos exigences, sans vous prendre la tête.
Le jeu différencie si vous jouez seul, en équipe avec des partenaires aléatoires, ou en équipe avec partenaires choisis. Dans ce dernier cas de figure, il vous inscrira dans une ligue différente à chaque nouvelle configuration d'équipe. Votre classement sera donc différent selon que vous jouiez avec Bébert, avec Ptifoufou, ou avec les deux en même temps. Après cinq matchs aléatoires de placement, on vous attribue un nom de ligue et un niveau de jeu (or, argent, bronze, etc.), et tout vos matchs dans ce mode vous rapporteront des points (où vous enlèveront). A partir d'un certain temps, les premiers du classement de la ligue montent au niveau suivant, et les plus mauvais descendent.

Et pour ce qui est du jeu multi à proprement dit, hé bien, que dire ? Que dire, à part que Blizzard a réussi à ressusciter en nous cette petite voix qui nous disait que le monde devait subir le courroux de nos rushs destructeurs, que la cohorte de débutants qui pullulent sur les serveurs devaient connaître la défaite et l'humiliation. Oui, le multi est ce qui fait de Starcraft une drogue dure, obligés que nous sommes à parfaire nos Build Orders (ordre de construction) et nos stratégies d'attaque, maîtriser nos raccourcis, apprendre de nos échecs, et explorer les possibilités de chaque race pour pouvoir commencer une partie en random (race au hasard) sans crainte et sans peur ! Si ce n'est la disparition et l'apparition de certaines unités
(une bonne moitié se retrouve bouleversée, quand même), les différences ne sont pas déterminantes entre Wings of Liberty et Starcraft premier de lignée, mais qu'importe, le nouveau confort de jeu et la qualité de l'interface relance la machine à fond les manivelles.
S'il peut éventuellement se faire coller une étiquette d'arriéré, c'est principalement à cause de ses graphismes. Starcraft II est un gros poil en deçà de ce qui se fait actuellement, même s'il dépasserait sans nul doute la moyenne à l'examen. Le manque de détails est un choix, il permet d'améliorer la lisibilité d'une partie où  les affrontements de masse font rage - mais également d'ouvrir le jeu à un plus large éventail de machines. Même les cut scenes réalisées avec le moteur de jeu ont quelque chose de dépassé, de rigide, mais il s'agit davantage de tergiversation que d'autres choses. En n'étant pas très exigeant, le jeu a quand même ses très beaux moments, et l'on appréciera d'autant plus que la synchronisation labiale soit si réussie sur les dialogues traduits en français. Quant aux menus du jeu, ils rejoignent Battle.net : quasiment parfaits, limpides, bien agencés.

Traduction complète, oui, et jusque dans les vidéos du jeu ! Sympathique de voir que l'on a été pris en considération, surtout que le doublage n'est pas mauvais du tout, à quelques exagérations de voix près. Mais le plus important sera de tendre l'oreille et de découvrir la formidable bande sonore du jeu, très versée dans les mélodies et sonorités westerns. En plein jeu, on a tendance à s'en ficher totalement, mais elle est présente, je vous assure !
Les anciens de Starcraft noteront ici et là de menues améliorations, invisibles pour les néophytes, mais qui facilitent la vie des autres. Entre autres, le joueur peut enfin sélectionner plus de douze unités en même temps, obliger les travailleurs nouvellement créés à aller directement sur la récolte, et repérer grâce à un petit icône les tires au flanc. Ca n'a l'air de rien, comme ça, mais en pratique, on gagne un temps précieux...

On ne pourra pas reprocher à Blizzard de se reposer sur ses acquis, Starcraft II les porte au firmament. Sa campagne solo est intéressante et bourrée d'idées, son gameplay grimpe encore de quelques points, et son multi-joueurs est un véritable bouffe temps. Il y a cependant deux choses que l'on peut lui réprimander : la première, c'est que le mode LAN a tout bonnement disparu, ce qui oblige les copains à se rejoindre sur internet - et c'est plutôt triste quand on connaît la chaleur des parties réseaux ; la seconde, c'est bien sûr l'absence des campagnes Protoss et Zerg qui sortiront sous forme d'add-ons. Celle des Terrans a beau être conséquente, il y a un vide certain. Et puis, qu'est-ce qui empêchera Blizzard de vendre ces extensions au prix fort ? L'avenir est incertain, mais en attendant, une communauté est en train de grossir exponentiellement...