Ce qu'il y a de sûr quand on découvre un jeu Bandai adapté d'une grosse licence, c'est qu'il fera un carton quel que soit sa qualité. Il est évident également que lorsqu'il s'agit d'un animé dont on peut tranquillement avancer qu'il sera peut-être le successeur d'une vielle série des années 90 à base de singes ariens boulimiques, cet état de fait précédemment cité est multiplié par 20. A vrai dire, on ne peut s'empêcher de penser, en insérant la galette dans son lecteur dvd multifonction que l'on s'apprête à revivre une époque bénie de notre mémoire et bannie de nos portefeuilles. L'époque où l'on pouvait se faire soi-même un art book Toriyama en collectionnant les couvertures d'un certain magazine de jeu vidéo. Cette même période de notre enfance où seule une épidémie de choléra nous aurait empêché de débourser 800 frs dans une cartouche de jeu et un adaptateur dédié. Je vous parle d'un temps que les mains des enfants se remémorent dans la douleur de manipulations impossibles et de bourrinage furieux.
A vrai dire les choses ne sont plus tout à fait les mêmes aujourd'hui. Tout d'abord parce que Naruto (c'est de cette série dont il est question à la base) n'est pas Dragon Ball Z. Le manga de Kishimoto Masashi est plus moderne, plus intelligent, plus trouble que son précurseur de la dernière décennie. Il cherche sans doute moins efficacement le charisme universel et n'atteint probablement pas encore, malgré qu'il soit bien meilleur, le niveau de culte de la saga de Kakkaruto. Une autre différence sépare les deux périodes. Les jeux vidéos ont évolué, et les critères de jugements également. Bandai a fort heureusement su tirer les leçons du passé et s'adapter fort habilement à l'évolution draconienne des technologies.
Vous l'aurez compris, c'est donc à un objet de culte que nous aurons affaire aujourd'hui. Un jeu de ceux qui nous affectent autant par leurs qualités intrinsèques que par leur capacité à transcender notre idolâtrie pour quelques personnages. L'enjeu est alors double puisqu'il est autant question de posséder ces icônes en les incarnant que de les admirer en les contemplant. La symbiose qui fait l'âme des jeux vidéos est parfaitement cristallisée ici. Représentation et Implication exclusive.
Bandai relève ce double défi avec un certain succès, malgré que le joujou de culte ne soit pas exempt de défauts. Il est construit sur une ambivalence, ou plutôt une hésitation évidente entre deux pans de ce genre si pantouflard : le classique versus à coups spéciaux et furies démonstratives et le plus jeune smash them all comme on pourrait l'appeler, plus grand publique et bourrin et traditionnellement orienté multi joueurs à la manière de Smash Bros de Nintendo ou encore Power Stone de Capcom. Naruto : Narutimate Hero empreinte à ces derniers la simplicité de leur interface et l'implication pernicieuse de leurs décors tout en s'inscrivant dans la logique du premier genre.
Nous voilà en présence d'un versus dans lequel vous éliminerez l'adversaire par KO à l'aide d'enchaînements très simple et de furies et coups spéciaux à déclencher par bête pression sur un bouton (ou deux), mais aussi avec l'aide de la collecte opportuniste de quelques items bien cocasses. Les combats présentent un réel intérêt tant ils multiplient les tâches et collent à la série. On dirait même que Bandai a conçu le système de jeu dans l'unique objectif de caser le plus de références à la série. Toutes, je dis bien toutes les facéties et autres exploits martiaux de quelques 12 personnages (dont 6 cachés) se retrouvent ici au gré d'une générosité peu commune de la part d'un éditeur habituellement économe de ses effets.
De nombreux personnages apparaîtront aux cours de furies ou en tant que striker (terme propre à la série King of Fighter et désignant un perso de soutien intervenant pour un coup surprise à la volonté du joueur). Les furies accumulatives du jeu permettront-elles de passer en revue la totalité des stratégies effectuées par chaque personnage dans la série. Oui, ne vous inquiétez pas, Naruto y jouera les proxénètes de blondes en série, les kunai à double effet kiss kool et même les ratons laveurs géants grillés. Il faut d'ailleurs noter que le jeu spoile quelque peu la série TV en prenant une avance considérable sur la saison en cours. Vous n'échapperez pas non plus au doigté déplacé de Kakashi et à la schizophrénie furieuse de Sakura.
Les décors plutôt jolis et profonds reprennent quand à eux les épisodes clés de la série, comme le mode story. Laissez vous tenter par une bataille désespérée contre Haku et ses miroirs de glaces sur un pont en construction, par une petite brume matinale. Le jeu regorge de citation, un véritable bonheur pour le fan à n'en pas douter. N'oublions pas le cell shading efficace, le générique de début avec musique originale de la seconde saison, le mode collection plein à craquer de fétiches inutiles mais radicalement indispensables...
Reste les regrets. Ils tiennent avant tout au fait que deux faiblesses viennent rendre le jeu moins agréable à jouer qu'il ne devrait l'être. Premièrement, le système des furies qui, s'il semble au départ une bonne idée, s'avère casser quelque peu le rythme et l'équilibre des combats sur la longueur. Celles-ci s'exécutent non seulement sur un écran séparé du contexte du match, mais qui plus est par lots. Comprenez qu'une fois un premier coup exécuté via la libération d'un nombre de level variable (de 1 à 3), il faudra appuyer en ordre sur les boutons pendant l'animation de la furie pour que le personnage puisse en enchaîner une deuxième puis une troisième. Les trois levels de furies correspondront donc à 3 séries de furie en réalité. Le jeu aurait gagné en fluidité si chacune des 9 ou 12 furies des persos étaient exécutables dans la continuité du match, mais tant pis. Deuxièmement, l'ergonomie du jeu lui fait défaut quand il s'agit de s'attarder sur les temps de réponses, la précision des collisions et des déplacements... Toutes ces choses qui le rendent plus crispant que fun après quelques heures de jeux accumulées. Le plus drôle est que le jeu aurait gagné en beauté, en ergonomie et en amusement si il etait... en 2D. La 3D ne sert en effet strictement à rien dans le jeu puisque les décors à multi levels en hauteur et en profondeur étaient déjà présents dans quelques jeux de bastons sur Néo Géo ou même Super Nintendo. La 3D n'apporte ici que le dynamisme de la réalisation (et le brouillon de la représentation) et malheureusement l'engourdissement incommodant de la maniabilité. Ne nous lamentons cependant pas trop, le problème n'est que générationnel. Il ne faudra plus longtemps pour que la 3D abandonne ses lacunes encombrantes (2005 ?).
orioto []

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