Deux opérations de la rétine n'ont servi à rien. Je suis aveugle. Mais ça en valait la peine. Mes yeux sont morts heureux, ils auront été éblouis par Panzer Dragoon Orta. Pourtant, je n'y connaissais pas grand chose à la série des Panzer Dragoon mis à part ce que j'en avais lu. Je n'avais joué aux trois premiers opus de la série sortis sur Saturne. Il paraît que c'est une série de shoots sur rail mythique. Mais quelques indices m'ont mis la puce à l'oreille. D'abord le développeur, Smilebit, est responsable du grandiose Jet Set Radio. Et puis, quand on voit Sega sur une boîte, les rares doutes qu'on avait s'envolent.
Dans une séquence d'introduction d'anthologie, des armes démoniaques du nom de dragonmares dévastent une ville à la recherche d'une jeune fille appelée Orta, retenue prisonnière depuis qu'elle existe en haut d'une tour, avec la ferme intention de la tuer. Soudain, un dragon arrive pour sauver Orta de ce péril. C'est là que vous prenez les commandes d'Orta et du dragon, poursuivi par les dragonmares et en lutte avec un Empire trop puissant.
Outre un scénario béton qui n'a rien à envier à de nombreux jeux d'aventures. La saga Panzer Dragoon possède un univers bien à elle créé de toute pièce. Dans ce monde mystique, les technologies avancées croisent les tribus primitives, les manipulations génétiques rencontrent la magie, le magnifique se mélange à la désolation. Ce monde et cette histoire vous sera raconté au travers de cinématiques poétiques et par une étrange voix grave. Laissez vous porter et savourez le gameplay.
A l'instar de l'illustre Rez, PDO est un shoot sur rail : le jeu vous guide dans différents niveaux en 3D temps réel où vous devez blaster quasiment tout ce qui bouge. Vous pouvez à de nombreux moments influer sur la course du dragon pour éviter les projectiles ou choisir votre chemin lors des embranchements de certains niveaux. De plus, une jauge vous permet d'effectuer des accélérations ou des freinages brusques qui vous seront bien utiles. Une simple pression sur les gâchettes L & R vous permettent de tourner votre point de vue de 90 degrés pour regarder tout autour de vous.
Pour tirer, rien de plus simple. Déplacer votre cible et martelez le bouton A pour un tir continue partant du pistolet d'Orta ou laissez le appuyer pour locker différentes cibles et lâcher sur eux la fureur du dragon. Plus vous bourrinez, plus votre jauge de berserk monte. Quand elle est à fond, vous pouvez déclencher une attaque meurtrière. En réalité c'est bien plus complexe car le dragon possède trois formes et chacune possède ses spécialités. En ailes légères, votre dragon est moins résistant, plus agile, il ne peut pas locker mais il peut faire plus d'accélérations/décélérations et son tir continue vise automatiquement dans une certaine zone. Les ailes normales constituent le bon compromis entre puissance et rapidité. En ailes lourdes, vous serez l'égal d'un bombardier : vos attaques seront meurtrières mais vous aurez du mal à bouger, ne pourrez pas changer de vitesse et votre capacité de lock sera plus faible qu'en ailes normales. Vous pouvez changer de forme à tout moment et upgrader celle que vous voulez en ramassant des bases génétiques. A vous de bien choisir la forme à utiliser en fonction de ce qu'il se passe et de votre style de jeu.
Vous l'aurez compris, shoot ne rime pas forcément avec pauvreté de gameplay et il vous faudra un peu d'entraînement avant de bien saisir tous les mécanismes du jeu. Ca tombe bien, le camp adverse est rempli de monstres et d'ennemis en tout genre qui cherchent à vous faire la peau : forteresses volantes, vers des sables, papillons, plantes, monstres informes indescriptibles... L'imagination déployée est vraiment prodigieuse mais je vous déconseille de trop les admirer car ils ne vous feront pas de cadeaux. Le jeu est très nerveux et très rapides. Les adversaires arrivent sans relâche et de vos quatre cotés. N'oubliez jamais de jeter un coup d'oeil à votre radar histoire de ne pas être pris au dépourvu ! Les dix niveaux qui composent ce jeu sont durs et les nombreux boss qui s'y trouvent ne sont pas des enfants de coeur. Vous devrez comprendre chacun d'entre eux, en trouver la faille et la bonne tactique pour en venir à bout. Smilebit n'étant pas une bande de sadiques, vous pourrez sauvegarder votre progression entre chaque niveau et recommencer au boss de fin de l'un d'entre eux si vous mourrez contre lui.
Un joueur persévérant mettra 5-6 heures pour finir le jeu en mode normal. Il n'aura alors pas vu grand chose. D'abord, les multiples embranchements des niveaux permettent de refaire le jeu en s'améliorant et en découvrant de nouvelles merveilles. Ensuite, car un joueur curieux ira jeter un coup d'oeil à la boite de Pandore. Cette dernière contient d'innombrables bonus à débloquer : une quinzaine de niveaux bonus dont un quête parallèle à la quête principale, des artworks, des cinématiques des différents épisodes et... le premier Panzer Dragoon dans son intégralité ! Certes, il date un peu et les graphismes sont d'époque. Mais si on fait abstraction des textures pixellisées, on (re-)découvre un excellent shoot d'une grande beauté qui pose les bases de l'univers.
Je garde le meilleur pour la fin : les graphismes... PDO est sûrement le plus beau jeu jamais créé. Je ne parle pas ici d'une simple beauté technique froide et sans intérêt. Ici, le bump mapping et autres termes barbare servent à vous présenter des environnement tout bonnement extraordinaires. La débauche d'effets de lumière n'est là que pour vous permettre d'admirer tout la subtilité des décors. Horlogeries dorées complexes, rivière sillonnant un canyon, désert de neige, ruines antiques, voyage futuriste... Chaque niveau est un véritable régal pour les yeux et on aimerait bien avoir le temps d'admirer le tout plus en détail. PDO est une terre de contrastes où les couleurs chaudes et les rondeurs côtoient le gris et les coupes franches.
Je pense que vous l'aurez compris. Panzer Dragoon Orta est l'oeuvre d'art de la Xbox, le don de Sega au restant de l'humanité. Il ne plaira pas forcément à tous les joueurs mais il faut l'essayer au moins une fois. Ce serait dommage de passer à coté d'un des jeux les plus majeurs de ces dernières années.
CBL []

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