Dire que les joueurs avides d'action et de sueur froide attendaient Resident Evil 4 avec impatience est un euphémisme. Présenté pour la 1ère fois lors de l'E3 2001, le jeu était plutôt énigmatique : les graphismes étaient superbes et la 2D précalculée était remplacée par de la belle 3D avec des effets graphiques impressionnants (notamment de lumière) mais le gameplay semblait resté dans la lignée de ce que l'on connaissait déjà avec les autres épisodes de la saga : caméra fixe, maniabilité rigide... On est ensuite resté sans nouvelles pendant un bon moment et il n'a été présenté que récemment sous sa forme nouvelle : fini les angles de vue fixes et place à une caméra derrière l'épaule (un peu à la manière d'un splinter cell), fini les zombies et place à des villageois au comportement très étrange. Le virage à angle droit pris par la série est flagrant et les surprises ne s'arrêtent pas là. On va voir comment Shinji Mikami, le créateur de la saga et de Devil may cry entre autres, a transformé Resident Evil pour transcender le jeu d'action car oui, ce jeu est un pur chef-d'oeuvre qui marquera pendant longtemps tous ceux qui ont eu le bonheur d'y goutter.
Prends ta baffe dans ta face
Dès le début de l'aventure, une petite cinématique nous expose que la société Umbrella, lien scénaristique entre tous les épisodes de la saga, a fait faillite et on sent déjà très clairement la rupture que cherche à provoquer Resident Evil 4. On incarne Léon Kennedy, héros de Resident Evil 2, qui est à la recherche de la fille du président des USA dans un paysage rappelant l'Europe de l'est.
D'un point de vue graphique, ce jeu est une tuerie. L'environnement est ultra-détaillé, le visage des personnages est criant de réalisme et tout un tas d'effets graphiques (effet de brume, de lumières, jeux d'ombres...) sont là pour servir une ambiance graphique irréprochable. Tout cela s'affiche de manière fluide sans aucun ralentissement ni chute de frame-rate. Il fait donc partie du cercle très convoité des jeux les plus maîtrisés techniquement tous supports confondus. L'aspect sonore n'est pas en reste et les excellents bruitages ainsi que les musiques distillées au bon moment tout au long de l'aventure contribuent à une ambiance sombre et oppressante.
L'orientation du jeu au niveau gameplay est clairement portée sur l'action : la maniabilité auparavant rigide a donc été revue et les ennemis sont désormais plus vifs et intelligents. La vue est à la 3eme personne derrière l'épaule et Léon peut donc viser très facilement la tête, le bras ou la jambe d'un ennemi avec l'aide d'un faisceau laser indiquant le point d'impact. Il est à noter que les ennemis ne sont pas tués instantanément d'un « headshot » et que lorsque le bouton A apparaît à l'écran près d'un ennemi, Léon peut lui asséner un coup de pied. On peut d'ailleurs effectuer tout un tas d'action en pressant cette même touche action comme sauter par une fenêtre, faire tomber une échelle... ce qui augmente donc du coup les possibilités et rend les affrontements plus dynamiques et variés.
Melting Pot
L'énorme force de Resident Evil 4 est de s'être approprié quelques éléments tirés d'autres jeux tout en rajoutant l'ambiance propre à la saga saupoudrée d'une énorme dose d'action. La tension est permanente et après quelques minutes de jeu, la manette est pleine de sueur : elle est alimentée par l'apparition soudaine des ennemis souvent très nombreux et ayant la fâcheuse tendance de débarquer de toute part et à nous encercler, la musique oppressante rythmant cette apparition et les bruitages très glauques des ennemis. Même lors des cinématiques, il ne faut surtout pas relâcher la manette car souvent, des touches apparaissent et il faut les presser rapidement à la manière d'un Shenmue (ces passages requièrent un timing très serré ne pardonnant pas l'inattention).
Sois brave mon frère
On pourrait par ailleurs craindre une certaine répétitivité tout au long des 20 heures de jeu mais il n'en est rien car les séquences cultes et les actes de bravoures contre les nombreux boss très souvent gigantesques s'enchaînent sans interruption ne laissant vraiment pas le temps au joueur de s'ennuyer de par un rythme constant et soutenu. Mention spéciale à un ennemi rencontré dans la dernière partie du jeu qui, en plus d'être difficile à abattre, signale sa présence par des bruitages à vous glacer le sang. La variété de l'action et des affrontements est à ce titre exemplaire. De plus, un petit coté RPG a été rajouté avec l'apparition d'un marchand chez qui on peut acheter avec l'argent récolté tout au long des niveaux de nouvelles armes ou les customizer ou augmenter la taille de son inventaire.
Une fois l'aventure finie, on a accès à une mission spéciale avec ADA, personnage féminin secondaire du jeu, à la difficulté relevée et plutôt longue et à une série de défis où on doit tuer le plus possible d'ennemis en temps limité dans des arènes closes tirées des décors du jeu. Ces 2 bonus de bonne qualité sont appréciables et viennent compléter une aventure déjà longue à la base.
Autant d'éloges pourraient faire penser à la perfection mais il n'en est rien car il subsiste malgré tout quelques petits points noirs qui n'entachent tout de même pas l'excellence du titre. Tout d'abord, le scénario est assez simpliste et donne plutôt l'impression de faire office de prélude au nouveau tournant pris par la série. Ensuite, les déplacements restent tout de même un peu rigide et, détail plus énervant, on est obligé de passer par le menu de l'inventaire pour changer d'arme ce qui a tendance à couper l'action inutilement (un changement rapide d'arme par l'intermédiaire de la croix aurait été apprécié).
Conclusion
Capcom signe avec ce titre un des jeux les plus marquants de ces dernières années. L'attente a été longue mais Shinji Mikami renforce son stade d'acteur majeur du paysage vidéoludique en créant un des meilleurs jeux d'action de tous les temps. La technique, l'ambiance, la variété de l'action, la durée de vie, tous ces facteurs ont été parfaitement maîtrisés afin de nous coller une grosse baffe qui retournera les tripes de n'importe quel joueur s'y essayant. Un jeu culte tout simplement que tous les possesseurs de Game Cube se doivent de posséder (et même les autres).
kenji []

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