Quand on y réfléchit, et au vu du succès rencontré par la franchise Saw, il est étonnant qu’une adaptation vidéoludique basée sur cette célèbre saga axée « torture-porn » ne nous arrive que maintenant. Peut être est-ce pour redonner un regain de vitalité à une série qui s’essouffle depuis un bout de temps et qui a rapidement montré ses limites en termes de mécanismes scénaristiques. Après tout pour faire six films (et deux jeux de mots involontaires vu qu’il y aura bien un Saw VII) sur un étalage gratuit de séquences sado/gerbif, y’a plutôt intérêt à être imaginatif.

Un petit air de déjà vu ?Saw le jeu souffle le chaud et le froid. Non seulement est-il basé sur le moteur de Silent Hill 2, mais il en reprend également bon nombre d’ingrédients qui ont fait de cet illustre aîné un monument de flippette mémorable, surtout au niveau de l’ambiance. Le problème, c’est qu’appliquer ainsi une formule « copier-coller » n’est pas nécessairement synonyme de réussite. Ainsi le théâtre des opérations se trouve être ici un hôpital psychiatrique désaffecté dans lequel Jigsaw, le tueur au puzzle, aurait séjourné. Bien décidé à régler ses comptes avec l’inspecteur Tapp, héros du premier film, il a enfermé ce dernier ainsi qu’un certain nombre d’autres pauvres gusses dans le but de les faire participer à son petit jeu sadique. Le joueur incarne donc Tapp juste après la fin du premier opus filmé et où il terminait blessé au ventre par balle. Jigsaw l’ayant astucieusement fait opérer avant de l’enfermer à nouveau, Tapp va donc devoir mettre la main sur le psychopathe tout en essayant de sauver certains protagonistes et en évitant la foultitude de pièges mortels disposés le long de son chemin de croix.
Dés les premières secondes la ressemblance avec le hit de la team Silent saute aux yeux. Décors de chiottes cradingues, lumière blafarde et ambiance sonore oppressante, on se croirait revenu dix ans en arrière quand on se découvrait sous les traits maladifs d’un James Sunderland consumé par le chagrin et l’incompréhension. Et plus on regarde plus on constate que, décidément, le moteur de jeu est vraiment très semblable.
Très.
Trop !

En voilà un qui a fait le coup de feu !En fait au bout d’un moment on jette un œil vers sa console pour vérifier qu’on est bien sur PS3, tant les graphismes eux aussi semblent dater d’une bonne décade, et ne parlons pas du personnage de Tapp, mal fait et rigide comme si il avait un balai dans le cul (attends-toi d’ailleurs, ami lecteur, à avoir une crise de rire involontaire et garantie lorsqu’il doit traverser en équilibriste une planche au dessus du vide ; assurément un grand moment !). Petit début d’ingestion de soupe à la grimace donc, malgré le fait que les premières minutes se révèlent contre toute attente assez captivantes et semblent annoncer des idées de gameplay qui pourraient finalement bien emporter l’adhésion. En effet le jeu commence avec un bon coup de pression. Alors qu’il reprend lentement ses esprits après son opération, assis sur une chaise au milieu de toilettes délabrées, Tapp doit se débarrasser le plus vite possible du désormais célèbre appareil dentaire « Jigsaw-approved » sous peine de voir l’aventure s’arrêter là et de donner un surplus de boulot à la femme de ménage. Une fois notre héros sorti des guogues (après avoir résolu une énigme pas bien difficile) il devra (dans d’autres guogues !) empêcher l’explosion d’une série de bombes à l’aide d’un fusible … récupéré au fond d’une cuvette puante pleine de seringues de toxicos ! Effet garanti lorsque le pauvre inspecteur ressort en hurlant son bras parsemé d’aiguilles infectes ! (Juste après ce sont des bouts de verre bien tranchants disséminés sur le sol qui attendront Tapp, à qui ce plaisant farceur de Jigsaw a bien sûr pris soin d’ôter les godasses quand il était dans le schwarz). Et quand un peu plus loin le cerveau d’un pauvre gars se retrouve étalé plein les murs à cause d’un système de porte piégée avec un fusil a double canon et qu’on apprend que la clef de la sortie pour les autres « participants » a été vicieusement insérée à la place de la balle qui était dans 
Say "cheese"!l’abdomen de votre condé d’avatar, et que par conséquent il y a de bonnes chances que les dits participants (pas forcément rompus aux joies de l’anesthésie et de la chirurgie) risquent fort de vous faire la peau pour sauver la leur, on se dit que finalement on va peut-être bien passer quelques chouettes heures de(mal)saine tension.
Las ! Le soufflé retombe bien vite. La première raison étant que toutes ces bonnes idées se mettent rapidement à tourner en rond. Les énigmes par exemple ; même si on ne peut qu’applaudir des deux mains d’avoir à faire à un survival horror qui en propose énormément (ce qu’on a plus vraiment l’habitude de voir, la mode étant surtout et depuis un moment déjà au bourrinage intensif), et malgré quelques unes vraiment motivantes, elles se révèlent dans l’ensemble soit trop basiques (je vais chercher la valve dans le bureau du concierge pour ensuite l’insérer dans l’orifice prévu à cet effet deux pièces plus loin et ainsi stopper les jets de vapeur qui m’empêchaient de traverser ce foutu couloir), soit carrément capilotractées ou 
Toute ressemblance avec
Danny Glover est... ratée !absolument infaisables faute du temps nécessaire (car une bonne partie d’entre elles sont à résoudre avec une contrainte de durée, généralement de l’ordre de la minute), voire les deux en même temps ! (Ah la la, la devinette du « badge ». Je me suis bien arraché les cheveux là-dessus, totalement induit en erreur par la séquence qui précédait. Nerfs, nerfs !). Ajoutez à ça des incohérences pas possibles, du genre Tapp pieds nus à qui il ne vient pas trente secondes l’idée de récupérer une paire de grolles sur un des innombrables cadavres qui jalonnent son chemin (à moins qu’il aime jouer les fakirs, ou qu’il soit fan de John Mac Lane), ou le « désamorçage de fusil par la force de la pensée » (quand une porte est piégée il faut appuyer rapidement sur la touche indiquée pour neutraliser le mécanisme, mais à l’image il n’y a aucune interaction entre le personnage et le mécanisme en question. Hop, c’est magique !), le tout combiné à un level design que je qualifierai poliment d’ennuyeux, et là on commence carrément à bien faire la gueule. Mais…il y a pire, bien pire. Il y a les combats contre les autres« joueurs » qui veulent récupérer la clef que vous avez dans le bide ! Et là, de mémoire de gamer je ne crois pas avoir jamais vu quelque chose d’aussi mal foutu. C’est bien simple, quelle que soit l’arme (tuyau, scalpel, bras de mannequin, manche de balai et tutti quanti) Tapp tape (désolé) comme s'il était au fond d’une piscine ! Et encore, quand les coups veulent bien sortir ! Et pendant ce temps là la caméra, qui se fait visiblement plus chier que nous, décide d’aller voir ailleurs si on n’y est pas. 
Mieux vaut arriver les mains vides...Résultat ? Mort comme un con au bout de dix secondes d’affrontement. On remarquera alors très vite que le plus efficace est de ne s’équiper d’aucun ustensile et de frapper à mains nues en martelant le bouton « croix » ; de cette façon on gagne à tous les coups, mais il n’y a aucun challenge.
Alors voilà, au final ce qui aurait pu être un jeu intéressant (de par son principe de base et parce que l’ambiance générale est assez prenante, ceci surtout grâce à une bande son très efficace, ainsi qu’à la voix angoissante de Tobin Bell qui interprète Jigsaw dans les films) se retrouve plombé par une réalisation bâclée et sans imagination, et malgré une bonne débauche de gore le soft n’arrive jamais à déranger nos sens ni même à faire vraiment peur car on ne se sent jamais impliqué. Tout le contraire en somme de Silent Hill 2 et Silent Hill 3 auquel le soft de Zombie studios voudrait tant ressembler. Dommage.
Mandark []

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