Balatro - Test Steam Deck
Le poker, j’y ai joué sans jamais y prendre goût : trop d’attente pour une joie de trente secondes. Balatro garde les combinaisons, jette l’attente, et m’a subjugué durant deux semaines et demie avant que je le repose d’un coup…
Le poker m’ennuie. J’y ai joué, en récréatif, et j’en suis toujours reparti avec la même impression : pour gagner il faut jouer serré, se coucher trente fois de suite, attendre. Un photographe animalier fait à peu près pareil. Il se terre dans la forêt, il attend des heures, il repart avec une image et une grande joie, mais une joie brève et payée bien trop cher à mon goût. Balatro, c’est le poker sans la forêt.
Le jeu est un roguelike de cartes, ce qui veut dire qu’on repart de zéro à chaque défaite en ne gardant que ce qu’on a compris (et deux ou trois déblocages). L’étalon du genre, c’est Slay the Spire, que j’ai pas mal pratiqué et qui est toujours un très bon jeu. Les sensations n’ont pourtant pas grand-chose à voir : ici le combat est gommé, et l’ensemble est nettement moins geek (encore qu’on puisse discuter…). Le scénario ? Il n’y en a pas. Jimbo, le joker maison, vous regarde depuis le fond de l’écran, et vous ne saurez rien de plus.
Quinte essence
Le principe tient en quelques lignes. Un paquet de 52 cartes tout ce qu’il y a de normal, une main de huit cartes, quatre mains à jouer, trois défausses, et un score à atteindre. On sélectionne de une à cinq cartes, on annonce une combinaison de poker (paire, brelan, suite, couleur, full, etc.), et la machine calcule : chaque carte apporte des jetons, la combinaison apporte un multiplicateur, et le produit des deux doit atteindre le score exigé par la blinde. Trois manches par ante, le mot que le jeu emploie pour un niveau : la petite blinde, la grosse blinde, puis une blinde boss qui vous impose sa contrainte : toutes les cartes d’une même couleur désactivées, une seule main autorisée, des cartes distribuées face cachée. Argh. Entre deux manches, la boutique, où l’on dépense ses gains en jokers, en cartes Tarot et en cartes Planète qui améliorent définitivement une combinaison. Huit antes pour boucler une partie. Voilà, vous savez jouer.
Poker à deux sticks
Sur Steam Deck, tout se pilote au stick gauche : on promène la sélection de carte en carte, une pression pour en attraper une, une autre pour la reposer, et on descend sur le gros bouton affiché en bas de l’écran pour jouer sa main. C’est hyper pratique, et si le cœur vous en dit, l’écran est tactile : on pose le doigt sur les cartes, ça marche tout aussi bien. Défausser se trouve juste à côté de Jouer, et les options permettent d’intervertir les deux (l’auteur a dû voir assez de monde se tromper). Deux autres boutons trient la main par rang ou par couleur, et ceux-là servent en permanence. Je suis passé au téléphone en cours de route pour une raison pas très noble, ça prend moins de place dans les transports, et au doigt c’est encore plus direct. Zéro souci de ce côté : ce n’est pas un jeu de précision.
La couleur de l’argent
Le reproche qu’on lit un peu partout, c’est que tout se joue à la chance. Il en faut, forcément, mais ce n’est pas vraiment là que ça se décide : ici la chance sourit surtout à ceux qui tentent des trucs saugrenus, des stratégies qu’on croit idiotes avant de les essayer. On débloque assez souvent des choses auxquelles on n’avait pas pensé. Le Modèle, par exemple, se contente de copier l’effet du joker placé à sa droite : bête comme chou, et diablement efficace dès qu’on lui donne un bon voisin. Ma manie à moi, c’était la couleur, cinq cartes de la même famille. C’est la combinaison la plus accessible du lot, on la gonfle à coups de cartes planète, et une main de rien du tout finit par cracher DIX FOIS le score demandé. Assez facilement, en plus.
Du côté de la difficulté, le jeu fait ce qu’il faut : c’est le joueur qui règle le curseur, avec huit mises de plus en plus vaches et quinze paquets de départ à débloquer, que le jeu appelle des jeux, et qui changent chacun la donne : le Jeu rouge offre une défausse supplémentaire, le Jeu en damier ne contient que des piques et des cœurs (autant dire que la couleur y tombe presque toute seule), le Jeu magique démarre avec deux cartes Le Fou, qui rejouent la dernière carte Tarot ou Planète utilisée. Ces deux-là m’ont bien plu. Passé un certain palier, en revanche, c’est trop dur pour moi, et surtout je n’ai aucune envie d’entrer dans la boucle : comparer, ajuster, retenir les tableaux, devenir expert. Dur dur.
Cathodique, mon cher Watson
Le jeu se donne des airs de vieille borne : image cathodique baveuse, halo lumineux, cartes qui tremblotent en permanence. Première chose que j’ai faite, tout couper. Filtre à zéro, mouvement réduit, cartes à fort contraste, secousses d’écran désactivées. J’ai donc joué à un Balatro débarrassé de sa personnalité graphique, et il m’a quand même tenu une bonne quarantaine d’heures. D’intelligence artificielle, il n’y en a pas : il n’y a personne en face, l’adversaire est un nombre. De bug non plus, je n’ai rien vu passer, ce qui pour un jeu écrit par un type tout seul dans son coin mérite d’être signalé. Et la machine ne compte pas : ça tourne sur à peu près n’importe quoi, le Steam Deck ne chauffe pas, le téléphone non plus.
Rien ne va plus
J’y ai passé quarante à cinquante heures en deux semaines et demie, et je n’y ai plus retouché depuis. Pas de crise, pas de dégoût, rien de spectaculaire : l’impression d’avoir fait le tour, un matin, et la machine reposée. C’est répétitif, évidemment. Petite blinde, grosse blinde, boss, huit fois, à chaque partie, et une partie dure une petite demi-heure. Mais on découvre un nouveau joker, puis un autre, et ça passe très longtemps avant que la mécanique ne se voie.
Finalement, Balatro c’est du poker avec un twist : les combinaisons que tout le monde connaît, l’attente en moins, et des parties qui tiennent dans une pause. Pour une quinzaine d’euros, une dizaine sur téléphone, soit le prix d’une place de cinéma, la question du prix ne se pose pas vraiment, et c’est bien ce qui permet de le conseiller à n’importe qui. Celui qui n’a jamais touché une carte de sa vie comprendra en trois manches. Les amateurs de roguelike, eux, iront chercher les mises supérieures et les paquets les plus tordus, et certains y sont probablement encore, deux ans et demi plus tard. Quant à ceux que le poker ennuie, ils sont paradoxalement les mieux servis : essayez, vous me remercierez.
Reste la suite. Une grosse mise à jour est promise depuis un moment, repoussée d’une année sur l’autre, son auteur expliquant qu’il préfère avancer lentement plutôt que se griller la santé. Vu le nombre d’heures que son jeu m’a pris en deux semaines, je ne vais pas lui jeter la pierre. Je ne suis pas certain d’y revenir pour autant.
- 150 jokers à débloquer
- 8 antes pour boucler une partie
- 30 min environ la partie
- 15 € environ, moins cher sur mobile
On a aimé
- Le poker débarrassé de son attente.
- Des stratégies improbables qui paient vraiment.
- Cent cinquante jokers, et la surprise qui tient longtemps.
- Le prix d’une place de cinéma.
On a moins aimé
- La personnalité graphique, qu’on finit par éteindre option par option.
- Les mises hautes réservées à qui accepte de devenir expert.
- La structure des manches, toujours la même.





