Ca faisait un bon moment qu'on l'attendait ce cinquième épisode de la saga Tekken. Le sixième, en fait, car n'oublions pas le fameux Tekken Tag Tournament, qui, avec Tekken 4, faisait honneur à la série fétiche de Namco sur Play 2. Faire honneur est par ailleurs un bien grand mot, pour ces deux jeux qui avaient du mal à passer pour de la baston nouvelle génération, tant le parti pris de donner un coup de jeune à la série empiétait sur la maniabilité et le fun. Tekken 4 faisait peine à voir en concurrence avec Virtua Fighter 4, et Tekken Tag ressemblait bel et bien à un Dead or Alive 3 du pauvre. Par ailleurs, Namco semblait plutôt se tourner vers son autre poule aux poings d'or, à savoir Soul Calibur. Jusqu'au beau jour où...
Jusqu'au jour où, surgissant de nulle part, des images d'un nouveau Tekken aux graphismes forts attrayants circulent sur le net. Tekken 5, donc, diablement alléchant cette fois, avec une pelletée de personnages et une maniabilité qui semble cette fois un minimum abordable.
Plus qu'à trouver un pigeon susceptible de l'acheter, de préférence détenteur d'un salon confortable et de sirop de grenadine à volonté, et les manettes pourront valser !
Une introduction en image de synthèse met les choses aux point : ne serait-ce que d'un point de vue graphique, Tekken 5 à des arguments de taille. Des décors tour à tour sublimes, grandioses ou reposants, magnifiquement animés vous serviront de ring. Voir les personnages modélisés à la perfection avec le simple moteur du jeu suffit à convaincre de la beauté indiscutable du jeu et du soin dont il aura bénéficié. Cela dit, les voir en image de synthèse est un très gros choc pour un cerveau habitué à des jeux plus communs.
Mais dans le département des plaintes, il y a tout de même beaucoup de chose à dire. En un mot, il n'y a pas assez : pas assez de décors, pas assez d'espace dans ces décors, pas assez d'animations, pas assez d'images de synthèses...etc... A ce titre, les fins des personnages sont extrêmement courtes (30 secondes en moyenne) et laissent fort souvent à désirer, surtout pour le fan de Tekken qui suit avec passion leurs histoires respectives depuis la sortie du premier en 94. On se dit alors que la meilleure scène est très certainement l'intro, ce qui est tout de même un peu frustrant.
Mais il ne faut que peu de temps pour réaliser que dans Tekken 5, ce qui compte, ce n'est pas les zolis décors ou les supers images de synthèse ; c'est avant tout - uniquement - la baston. En ce sens, c'est un authentique jeu de combat old-school que vous tenez entre vos mains. Non pas que les bonus manquent, mais au final, tout ce qui restera de ce jeu, c'est son mode arcade à un ou deux joueurs, et le reste pourra peut-être vous amuser 2 minutes, ou peut-être même encore moins (c'est-à-dire ce qu'il faut pour récupérer les persos et autres trucs cachés un peu partout). Devil Within, le mini-jeu avec pour star Jin Mishima a un petit coté charmant, mais il ne vous faudra pas longtemps pour en faire le tour, et les différents costumes que vous pourrez customiser de manière rigolote (Raven et son costume de gland) vous amuserons si avez la fibre styliste. Réelle bonne idée par contre, que d'avoir intégré les trois premiers Tekken, les deux premiers faisant figure de pièces de musée, le troisième étant, lui, plus que jamais accessible. Mais, somme toute, force est de constater que tout tourne autour de ce fameux mode arcade.
Dans ce mode, vous aurez l'occasion de vous mesurer à des combattants de niveau de plus en plus élévé (du faiblard 9eme kyu au puissant Tekken Lord, en passant par les 1eres, 2emes ou 3emes dan). Chaque victoire vous confère de l'argent pour vous acheter de nombreux goodies dans le Tekken Supermarket, mais vous rapproche aussi d'un promotion match, grâce auquel vous aurez la chance de faire progresser votre personnage jusqu'au rang tant rêvé de Master. Attendez-vous à de nombreux hurlements de désespoir, des envies d'homicide et autres réjouissances, tant l'AI est vicieuse. L'ordinateur, quasiment apathique dans les niveaux les plus faciles, peut vite devenir une puissante machine à faire exploser l'adrénaline tant il n'hésite pas à frapper au sol, à enchaîner à la moindre inattention et - pire que tout - à vous élaguer avec les coups que vous vous acharnez à essayer de sortir depuis des mois. Et quand bien même vous arriveriez à mettre à genou l'ordinateur avec les 32 personnages du jeu, il vous reste le plus gros du jeu : le mode 2 joueurs. C'est bien connu, on ne dit jamais non à une petite partie de Tekken, surtout quand la profondeur de jeu est si exceptionnelle. 32 personnages, disais-je, et tout autant de styles à maîtriser, ce qui confère au fan de jeu de baston un bonheur assez proche de l'infini.
Car Tekken, les fans vous le diront, c'est la technique avant tout. Les débutants s'étonneront de la facilité de prise en main : coup de poing gauche, coup de poing droit, coup de pied gauche, coup de pied droit, et c'est tout. Quatre boutons, nul besoin de s'encombrer de plus. Et pourtant, on atteint ici des sommets dans la complexité des enchaînements, un réel bonheur pour les joueurs affirmés. Il n'empêche que même un débutant à ses chances face aux plus grand pro (enfin, sans trop rêver non plus), tout simplement parce qu'il est possible de faire toute sorte de coup avec seulement deux boutons. Ainsi, il est possible de mettre en place une stratégie extrêmement élaborée avec la panoplie de coups dont il dispose à la base. Certains personnages sont quand même bien moins accessibles que d'autres (comme l'éternellement bizarre Yoshimitsu, ou Jackie Lei' Chan), et bien sûr, un petit coup de pied sauté n'aura jamais la classe (ou l'impact) d'un triple coup de genou retourné suivi d'un déboîtement de clavicule, mais, comme on dit, c'est le résultat qui compte.
Ainsi donc, l'aspect le plus impressionnant de Tekken 5, au-delà des graphismes, reste la fidélité avec laquelle les différents styles de combat ont été retranscrits. L'animation est bluffante de réalisme, les coups incroyablement bien retranscrits, et le plaisir de jeu s'en retrouve décuplé. Certains coups font se plier l'adversaire sous la douleur (le coup de pied pervers de King), d'autres sont tout simplement esthétiquement incroyables. Et, preuve de l'inappréciable profondeur du gameplay, ce sont souvent les personnages les plus rigides aux premiers abords qui sortent les coups les plus magnifiques (mention spéciale à Jin et Feng).
En ce qui concerne les personnages, justement, on retrouve des habitués, de Law - mon petit préféré - à Eddy, en passant par le boxeur Steve, et, stupeur, des invités de marque tels Baek, digne représentant du Tae Kwon Do et personnage émérite de Tekken 2, ou Devil Jin, gros bourrin entraperçu lui aussi dans Tekken 2. Parmi les nouveaux, on compte donc entre autre Feng, amateur de Wushu (art martial chinois directement inspiré du Tai Chi) section poids lourd, ou Asuka, une karatéka qui en a plus dans le ventre qu'on ne pourrait croire. Une diversité très appréciable, qui contentera tout le monde, même les amis des animaux avec Roger le Kangourou, Kuma l'Ours et Panda le - hum - Panda.
Que dire de plus sur ce superbe jeu, redonnant un souffle incroyable à une série que l'on croyait perdue dans les abîmes ? N'oublions pas le clou du spectacle, l'énorme Jinpachi, boss final et mascotte du jeu, dont l'estomac est un personnage à part entière, et vous fera expérimenter les pires frustrations au monde. Malgré cela, la bonne bouille du bonhomme vous séduira dès le premier contact. Plein de personnages, des graphismes superbes, des combats tendus et techniques, un bougre bien énervant en guise de boss final. Voila ce qu'il faut retenir de ce nouveau Tekken, le reste faisant figure de détail. Quant à ceux qui ne sont pas content du manque de variété graphique, il leur reste les images hallucinantes de Tekken 6 sur Play 3.
Jade []

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