8.5/10The Nomad Soul - Test

/ Critique - écrit par gyzmo, le 02/09/2005
Notre verdict : 8.5/10 - Un autre monde... (Ecrivez votre critique)

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Je m'appelle Kay'l, Je viens d'un univers parallèle au tien. Mon monde a besoin de ton aide, tu es le seul qui puisse nous sauver. Grâce à ton ordinateur, tu peux entrer dans mon monde et nous secourir. Mais pour ce faire, tu dois transférer ton âme dans mon corps. Acceptes-tu ? Décide-toi vite, il ne reste que peu de temps !

A peine installé, voilà que le premier jeu vidéo de Quantic Dream, The Nomad Soul, débute par une séquence où un jeune homme implore mon aide de chair et de sang ? Oh que oui que je vais t'aider, mon mignon ! J'atterris brutalement sur le sol dégueulasse d'une impasse. Tout à coup, une horrible bestiole surgit de l'ombre, me saute dessus et tente d'absorber mon âme. Incapable de me défendre, je sens mon esprit quitter lentement mon nouveau corps jusqu'à ce qu'un énorme robot policier me sauve des griffes de ce maudit traquenard. Je me remets d'aplomb, longe une ruelle et débouche sur une gigantesque place où grouille une incroyable vie virtuelle. Il y a tellement de choses à regarder que cela me donne le vertige et, comme par magie, le jeu se bloque et lance un générique de présentation de l'endroit où je me trouve, sur une superbe chanson interprétée par une voix qui me dit quelque chose... Le choc sonore et visuel ! Et mes yeux et oreilles n'avaient encore rien expérimenté...

A sa sortie, The Nomad Soul étonne par son environnement 3D temps réel complexe et réaliste. Téléviseurs holographiques, prospectus, articles de journaux, livres, poésies, musiques, tous ces médias participent à la richesse d'un background totalitaire cohérent aux niveaux historique, social, religieux ou politique. Par l'intermédiaire de ces documents disséminés dans le jeu ou en parlant avec la nombreuse population éclectique, votre âme de joueur apprendra avoir été transférée sur Omikron, l'une des 5 villes de Phaënon, planète dépourvue de soleil et qui subit d'effroyables intempéries. C'est pour cette raison que chacune des villes est protégée par de gigantesques dômes de cristal dans lequel une atmosphère est recréée artificiellement. Quatre vastes zones principales, indépendantes et aux esthétismes très différents forment Omikron. Entre les constructions démesurées et glauques d'Anekbah, les jolies petites architectures blanches de Jaunpur, l'élégant quartier piéton construit sur l'eau de Lahoreh ou le paisible et verdoyant domaine de Jahangir, le dépaysement est total. Et la visite, interminable. En effet, pour se déplacer rapidement dans cette immense ville, le joueur peut prendre le contrôle d'un des nombreux engins aéroglisseurs (les Sliders, version moto ou voiture) et partir à la découverte des nombreux endroits qui composent chaque secteur : appartements, pharmacies, armureries, restaurants, supermarchés, bars, peep-show et sex-shop (censurés dans la vf), bibliothèques, lieux de cultes, endroits clandestins... Face à tant de méticulosité, le sentiment d'être dans une véritable ville virtuelle effleure à plusieurs reprises l'esprit et pousse à l'exploration.

Novateur dans sa forme, The Nomad Soul propose au joueur un gameplay unique et hybride qui mélange les genres. En surface, c'est un jeu d'aventure à la troisième personne où vous devez parler avec de nombreux personnages non joueurs pour récolter des informations, résoudre énigmes et puzzles. Cependant, la ville dans laquelle vous évoluez en toute liberté est loin d'être un simple espace touristique. Certaines zones nécessitent qu'on bande les muscles et fasse chauffer les flingues ! Lorsque vous vous retrouvez dans de telles situations, le jeu d'aventure endosse automatiquement les allures d'un FPS rudimentaire (vue subjective) dans les parties armées, ou les codes du jeu de combat à la Tekken (vue latérale ou arrière) dans les séquences où poings, pieds et bottes secrètes sont mobilisés. Au clavier, le maniement n'est pas terrible par rapport aux références des genres respectifs. Mais l'intégration est excitante et permet des phases d'action mouvementées qui apportent un plus au titre. D'ailleurs, pour se familiariser avec les fonctions et affiner ses compétences, il est indispensable de s'entraîner dans les armureries d'Omikron et les simulateurs de combats d'appartements pour réellement se sentir en confiance et ne pas être surpris devant la difficulté (paramétrable) de certains combats.

En plus d'être un jeu d'aventure/action, The Nomad Soul comprend un peu de jeu de rôle : le héros type d'Omikron a plusieurs sortes de caractéristiques évolutives. L'Energie est souvent mise à contribution lorsque vous recevez des coups, des balles, tombez de trop haut, êtes renversé par un véhicule ou restez trop longtemps sous l'eau. Elle représente les points de vie, lesquels peuvent être régénérés en mangeant un morceau, buvant une potion ou utilisant un Médikit. Les autres caractéristiques concernent les aptitudes liées aux séquences d'action. Le Combat représente le niveau de maîtrise de votre personnage au corps à corps. Décliné en plusieurs grades, du Novice au Maître de la voie intérieure, cette discipline influe sur la variété des combos disponibles et peut être augmentée grâce à la pratique. Attaque (force de frappe) et Parade (défense) jouent leur rôle pendant les combats à mains nues. Corps (résistance physique) et Vitesse (de déplacements) entrent en jeu lorsque vous êtes dans une situation armée. Toutes ces aptitudes peuvent être renforcées avec des potions (effets temporaires), des items spéciaux ou des objets magiques (effets permanents). Et chacune de ces caractéristiques diffère considérablement suivant le personnage que vous incarnez.

Déconcertante est la notion de la réincarnation virtuelle ! En effet, au cours de l'aventure, vous ne pouvez pas - totalement - mourir et c'est à travers une trentaine de personnages aux compétences diverses et variées d'Omikron qu'il vous faudra transiter. Autrement dit, si l'individu que vous contrôlez trépasse, votre âme part automatiquement à la recherche de l'incarnable le plus proche de votre position. La séquence inattendue de Syao la jolie voleuse, sur le toit de l'immeuble de Kay'l le policier (votre premier incarnable) est la réincarnation qui m'a le plus charmé. Si la mort se fait attendre et que vous vous lassez de votre corps, pas de problème ! Avec un sort de réincarnation et un taux de mana supérieur à votre «proie», vous pouvez également prendre possession d'un des incarnables que vous rencontrerez et qu'une courte cinématique vous aura préalablement présenté. Quelques puissants personnages sont difficiles à acquérir et nécessitent un haut niveau de mana, lequel détermine votre aptitude à incarner (aptitude boostable temporairement via des potions). Certains incarnables font partie des passages obligés du jeu et sont donc indispensables à utiliser pour progresser. D'autres permettent de prendre des raccourcis alternatifs dans l'aventure et de contourner les échauffements d'esprit. Le reste des incarnables vous paraîtra futile mais en les utilisant, vous aurez accès à des zones autrement inaccessibles d'Omikron, avec multiples cadeaux à la clé. Evidemment, à chaque fois que vous quittez le corps d'un personnage, celui-ci disparaît de l'aire de jeu et s'il est gênant d'abandonner son «héros» pour un «inconnu» (qui nécessite parfois un entraînement pour gonfler ses compétences), l'idée n'en reste pas moins ingénieuse et surtout, en parfaite harmonie avec la trame principale.

Les qualités esthétiques et ces concepts novateurs servent une histoire passionnante et immersive qui positionne le joueur et ses choix au centre du récit. Le jeu vous introduit d'abord dans la peau d'un flic enquêtant sur une série d'horribles meurtres commis dans le quartier d'Anekbah. Votre subite réapparition dans Omikron et la disparition étrange de votre coéquipier poussent vos supérieurs à vous mettre des bâtons dans les roues lorsque vous tentez de reprendre le cours de l'affaire. A première vue, il y a de la manigance là-dessous et le personnage que vous incarnez ne tarde pas à être le suspect numéro un ! Jusque là, rien de bien original. Mais les indices que vous rassemblerez vous amèneront à rencontrer des métamorphes démoniaques, une organisation secrète aux ambitions étranges, un pirate informatique de légende et votre âme nomade parmi tant d'autres et dont l'appel en ce lieu virtuel n'est pas anodin... Pour vous aider dans les quêtes (secondaires et principale), vous disposez d'un Sneak (mini ordinateur attaché à votre bracelet) à multiples fonctions : caractéristiques de votre personnage ; relevé des conversations et des documents importants ; gestion de l'inventaire 3D (armes, documents, nourritures, potions, indices...) à la capacité limitée mais avec possibilité de transférer des objets vers les multiples bornes dites «placard virtuel». Votre Sneak permet également d'appeler un Slider et de consulter les plans des zones visitées. Des points de sauvegarde /conseil dispersés sur Omikron sont là pour récolter de précieux indices et enregistrer votre progression. Mais ce système rappelant Resident Evil nécessite un coût : celui d'anneaux magiques trouvés pendant votre quête. Ils sont rares, aussi, il convient de bien réfléchir avant de les utiliser. Et de la réflexion, il vous en faudra car l'histoire est parsemée de dilemmes. Lorsque vous engagez une conversation avec un interlocuteur, par exemple, vous n'aurez pas accès au script entier de la conversation mais seulement à quelques bribes plus ou moins pertinents suivant un choix limité de questions à poser. Idem concernant le déroulement de l'aventure où vous aurez à décider entre plusieurs chemins possibles qui détermineront l'orientation du scénario. Cela donne vraiment l'impression que The Nomad Soul ne vous impose pas trop une destinée toute tracée. Le jeu s'adapte à votre personnalité et se construit autour de vous.

Les musiques additionnelles de Xavier Despas sont superbes, aux consonances percutantes et hybrides, à l'instar du jeu. Mais la cerise de ce gâteau déjà très copieux est la participation de David Bowie et de Reeves Gabrels à la conception musicale. Et Bowie dans The Nomad Soul, ce n'est encore une fois pas un hasard. Tout au long de sa carrière, l'artiste a souvent joué avec l'identité et son côté «extra-terrestre» colle parfaitement avec l'univers d'Omikron. Tellement que Bowie prête sa silhouette à deux personnages importants du jeu dont l'un est le chanteur des Dreamers, un groupe de musicos rebelles qui diffusent leur (dés)espoir dans les bars et les entrepôts désaffectés de la ville. Ainsi, en cherchant un peu, vous pourrez assister à leurs trois concerts sous forme de clips en 3D temps réel. En prenant possession de l'avatar d'une autre personnalité proche de Bowie ou tout simplement en les achetant dans un des commerces d'Omikron, vous aurez aussi l'occasion d'écouter dans votre appartement virtuel l'intégrale de leurs sept compositions, sorties dans un mixage différent au même moment que le jeu The Nomad Soul dans l'album Hours de Bowie.
Jolie opération marketing^^.


Avec The Nomad Soul, nous étions de son temps en présence d'un jeu hétéroclite qui bousculait les conventions, plongeait le joueur dans une ambiance troublante et le gratifiait d'un excellent scénario aux multiples rebondissements. L'association avec David Bowie et Reeves Gabrels a fait de cette aventure une belle expérience qui embaume encore aujourd'hui l'esprit. Du jamais vu ! Evidemment, le jeu a pris un coup de vieux depuis sa création. Même si la motion capture à l'époque novatrice apportait son pesant de réalisme dans les comportements et les expressions faciales, les personnages paraîtront à certains très anguleux et les mouvements, saccadés et maladroits. Mais tout semble vraiment avoir été mis en oeuvre pour confectionner un produit riche et intelligent. Un produit qui ne nous prend pas pour un médiocre consommateur. Et des jeux de cette trempe, je pense que nous sommes nombreux à en vouloir tous les mois ! Mais il faut avouer qu'ils se font exceptionnels. En attendant la suite de The Nomad Soul (actuellement en chantier) et qui devrait repousser encore plus loin les limites du réalisme et de la virtualité interactive, Quantic Dream n'a pas chaumé et nous propose pour leur nouveau titre : Fahrenheit. Ce jeu devrait largement faire patienter les nomades d'Omikron qui aimeraient bien que leur âme soit encore une fois sollicitée pour aller vagabonder du côté de Phaënon...