Ce qu'il y a d'enthousiasmant dans le monde des jeux vidéo, c'est que les très bonnes surprises peuvent arriver de n'importe où. Dans le monde du survival-horror, où règnent sans partage (ou peu s'en faut) deux mastodontes (Resident Evil et Silent Hill, respectivement de Capcom et Konami), celles-ci sont peu nombreuses et généralement plus « survival » que « horror ». En effet, Resident Evil 4 a beau afficher un gameplay solide (malgré un univers qui pourra amuser les plus endurcis d'entre vous), Silent Hill a beau être imaginatif en termes de bestiaire et de monstruosités aussi bien physiques que psychologiques, les séries commencent à être redondantes et à ne plus vraiment verser dans l'effroi.
Dead Space arrive pour chambouler tout ça ! Le postulat de départ, déjà pas mal alléchant, fut donc de transposer le style du survival-horror à des milliers de kilomètres de la Terre, dans l'espace. C'est pas franchement une nouveauté, mais le concept reste d'une manière générale suffisamment inexploité pour que le présent jeu évite de ressembler à un autre. En outre, Electronic Arts a bossé dur pour faire en sorte que son « espace mort » ressemble à quelque chose, et il serait plus qu'inconvenant de dire qu'ils n'ont pas réussi.

Alors, d'abord, le survival-horror, c'est quoi ? Hé bien, c'est vous, lâché en milieu hostile avec votre batte et votre couteau, harcelé par des zombies / monstres / aliens (biffer les mentions inutiles), cherchant désespérément à sauver sa peau tout en économisant les soins et les munitions. L'ambiance est construite généralement de manière glauque, malsaine, à la manière d'un film d'horreur conventionnel.
Dead Space en est un brillant représentant. Vous voici dans la peau d'Isaac, en route avec son équipe pour le vaisseau spatial USG Ishimura. L'équipage dudit navire ne répond évidemment plus, et en très peu de temps, les alarmes critiques de votre propre vaisseau virent dans le rouge. Vous voici contraint de fouler le sol du gigantesque Ishimura, à chercher « pourquoi » (le vaisseau et son équipage sont réduits à l'état de poubelles plus ou moins ambulantes) et « comment » (tirer ses fesses, et accessoirement celles de ses coéquipiers, de ce beau bordel sidéral). C'est pas du grand scénario, les heures de jeu suivantes vous le confirmeront, mais on est dans le bain. Un bain de quoi, ça reste à déterminer.
Car l'équipage est toujours sur les lieux. Ou tout du moins, ce qu'il en reste. A vrai dire, celui-ci ne s'apparente plus vraiment à un équipage, mais à l'instant précis où vous rencontrerez votre premier survivant, vous vous ficherez de décider à quoi il ressemble. Le type (ou quoi que ce soit), à la conversation très limitée, vous sautera dessus avec la ferme intention de vous saigner à blanc. Il faudra donc lui montrer le respect avec toute l'argumentation qui s'impose. Votre arme est là pour ça.

A la manière d'un Gordon Freeman (Half-Life 2), Isaac porte une combinaison stylée qui semble néanmoins l'empêcher de discuter. Pas un mot ne sortira de sa bouche, à peine quelques respirations bruyantes quant sa santé sera au plus bas. De toute façon, nous ne sommes pas là pour essayer de discuter avec les autochtones, ceux-ci étant trop vindicatifs pour entendre raison. Du coup, autant les occire. Pour se faire, Dead Space innove en intégrant le principe de « démembrement stratégique », nom bien pompeux qui offre néanmoins un peu de renouveau. En effet, inutile d'essayer de creuser la tête du monstre ou de lui agrandir le nombril, la bestiole encaisse drôlement bien ces coups qui seraient mortels à tout bon zombie qui se respecte. Le plus efficace est alors de virer les appendices (bras, jambes, trucs indéterminés qui dépassent) pour l'empêcher d'attaquer, de se mouvoir, ou le vider de son sang. Dans l'esprit, ça change beaucoup de chose.
Pour se faire, Isaac aura l'opportunité de récupérer un certain nombre d'armes correspondant très bien au monde de la survie en milieu hostile. On pourra simplement shooter, mais aussi brûler et découper de diverses façons, grâce à un arsenal bien pensé et fourni, qui plus est agrémenté d'un tir primaire et d'un tir secondaire pour chaque outil. 
Mais si les munitions viennent à manquer, ce qui risque fort d'arriver à un moment ou à un autre, Isaac a également la possibilité de coller des immenses claques à tout machin qui pénétrera son espace vital. Etant donné la faible efficience des coups au corps au corps, et de la portée assez bizarre, mieux vaut surveiller ses munitions. On gardera tout de même l'écrasement à coup de tatane, très utile pour se calmer les nerfs sur un cadavre, ennemi ou pas.
En outre, Isaac récupèrera dans les premières heures de jeu deux modules spéciaux à l‘utilité déterminante : la stase et la télékinésie. Le premier pouvoir ralentit le mouvement des objets et des formes vivantes, vous permettant de passer une porte fofolle sans encombres ou de bastonner tranquillement un monstre un peu trop rapide à votre goût ; le deuxième vous octroie le privilège ô combien réjouissant de déplacer des cibles par la seule force de votre mimine. Utiles au combat, nécessaires pour certains passages.

L'ambiance est sans conteste le point fort de Dead Space, fruit d'un travail méticuleux et très inspiré. Le cinéma est bien évidemment pompé, mais il est très différent de subir un film d'horreur que de le vivre. Tout a été pensé pour vous mettre les jetons, à commencer par un univers sonore absolument renversant. Au loin, des bruits de pas se font attendre, parfois juste au-dessus de votre tête, tandis que des portes déréglées s'agitent sans discontinuer. La musique est une infâme traîtresse qui pourra tout aussi bien vous faire sursauter à l'apparition d'ennemis, que diffuser votre attention avec une légère musique suave, quoique inquiétante. Jouer dans le noir dans une maison vide devient une expérience, un plaisir horrifique personnel et pervers. On pense parfois au travail effectué sur Bioshock, bien que ce dernier soit avant tout un First Person Shooter, et qu'il ne peut donc pas vraiment être rapproché de ce que l'on ressent en jouant à Dead Space. Pour ne rien gâcher, le doublage français (pas de VO) est exemplaire.
La forme est également une grande réussite. Les graphismes sont fins et font preuve d'un bon goût à chaque instant, tout comme les textures et les sidérants effets visuels (notamment les jeux de lumière). Le vaisseau est loin d'être une coquille vide, il est rempli à ras bord de cadavres, d'ustensiles diverses, de meubles hi-tech, d'objets technologiques, et surtout de monstres, eux-aussi particulièrement éprouvants. 
L'animation générale est criante de vérité, à commencer par celle d'Isaac, lourde et appuyée. La gestion de la physique présente néanmoins un petit bémol, les cadavres et morceaux de cadavres réagissant très bizarrement au contact de l'environnement, à commencer par Isaac. On a l'impression que le corps se scotche momentanément à ses jambes et ne pèse pas plus de quelques grammes. Etrange, mais pas rédhibitoire.
Dead Space propose également quelques phases assez originales se déroulant sous vide ou en gravité zéro. Dans le premier cas, vous pompez vos réserves d'oxygène en essayant de ne pas vous faire retarder par le décor absolument grandiose offert par l'espace ; et dans le deuxième, il s'agira d'atteindre votre objectif en marchant sur tout ce qui pourra se présenter, plafond compris.
Le dernier point qui tue : l'interface. Il n'y pas de mot pour décrire celle-ci, ou tout du moins pas de mot péjoratif. Rien n'apparaît sur votre écran, pas de HUD, nada, peau d'balle. Déjà, votre vie et votre jauge de stase sont matérialisées directement sur votre combinaison, dans le dos. 
C'est bête comme tout, mais c'est très fonctionnel, à l'image de votre stock de munitions qui s'affiche sur votre arme quand celle-ci est levée. Tout le reste sera géré par un hologramme apparaissant sur la droite d'Isaac, que ce soit informations, communications, archives vidéo, etc. Physiquement, c'est une claque, il y avait longtemps que je n'avais pas vu quelque chose d'aussi innovant tout en restant très esthétique.
Le duo clavier / souris se débrouille bien, bien que l'on se demande parfois si les coups au corps au corps ne seraient pas mieux gérés par une manette. Quoiqu'il en soit, la jouabilité ne connaît aucun heurt, si ce n'est qu'un petit volte face de son personnage n'aurait pas été de trop. La preuve que les ennemis peuvent être bien retors, de quoi vous occuper un peu plus de dix heures si vous êtres un survivor hardcore.
On sent qu'Electronic Arts a voulu bien faire les choses. Il est même difficile de se dire que Dead Space est le fruit d'un hasard bienheureux, tellement le soft respire la qualité. Pourtant, il a bien de menues petites choses pas très réussies, comme un combat au corps à corps assez brouillon, mais est-ce suffisant pour dénigrer le jeu ? Non, bien sûr, Dead Space fait honneur au Survival-Horror et fait partie des bonnes surprises de cette fin d'année.
Nicolas []

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